Yemenia : Une enquête abracadabrante ? Un début de vérité jaillit dans l’ombre



Une enquête abracadabrante ? Un début de vérité jaillit dans l’ombre

Un an, jour pour jour, tout le monde attend la vérité sur ce drame qui a frappé tout un peuple, qui continue à vivre sous le choc de leurs 152 âmes, « sacrifiées » à bord de l’A310 de la Compagnie Yémenia dans la nuit du 29 juin 2010. Lorsqu’en février 2010, j’ai posé la question sur ces colonnes, « Provocation, profanation ou sacrilège », après avoir lu dans l`Al-Watwan des Comores, numéro 1491 du 27 janvier 2010, que les autorités comoriennes ont autorisé la reprise des vols de Yémenia Airways, sans qu’aucune explication ne soit donnée par rapport aux causes du crash, j’ai eu droit à des injures et taxé de mépris à l’égard des autorités comoriennes.

Or, entant que citoyen comorien, comme vous tous, touché par ce drame, notre devoir est d’exiger des explications sur les causes de ce crash, et non se réfugier derrière l’idée que cela relève d’un décret divin comme n’a jamais cessé de le répéter l’ancien président de la République, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi.

La chanson des boîtes noires a fait la une de toutes les préoccupations des autorités comoriennes, et une commission d’enquête a été mise en place pour suivre de près les analyses de ces fameuses boîtes confiées au Bureau d’enquête et d’analyse « BEA », situé au Bourget, en France. Mais, ce fut le coup de théâtre lorsque, les conclusions des analyses sont remises aux autorités comoriennes par le canal de la commission d’enquête mise en place par le gouvernement comorien. Sans aucune explication, cette commission est dissoute dans l’indifférence totale et c’est le silence radio.

Au lieu de communiquer au peuple comorien et en particulier les familles des victimes les résultats des analyses des boîtes noires, le gouvernement comorien a affiché comme préoccupation, l’harmonisation des élections, la prolongation du mandat de Mohamed Sambi et les gros projets des investisseurs fantômes, au mépris des 152 âmes péries dans cet accident qui continue à hanter nos esprits. Quant à la compagnie Yémenia, sa préoccupation est de rattraper son chiffre d’affaire baissé pendant les sept mois qui suivent le crash, et ramasser quelques notables comoriens dans tous les coins de la France, sous prétexte de participer à la commémoration du 29 juin 2010 à Moroni, et ce à leurs frais.

Comme il n`y a que la vérité sur les causes de ce crash qui pourrait apaiser nos consciences sans pour autant effacer notre douleur, il a fallu attendre le 05 juillet dernier, après une rencontre entre le président français et les associations des familles des victimes pour que nous soyons éclairés par Nicolas Sarkozy de quelques résultats issus des analyses des boîtes noires. Selon le Chef de l`Etat français, le rapport du BEA a été rendu et il en a eu lecture. Il peut dès lors affirmer que les conclusions indiquent clairement que : il n’y a pas eu de défaillance technique ; il n’y a pas eu d’explosion ; il n’y a pas eu d’incendie, mais ce rapport ne peut qu’être rendu public qu’après autorisation des autorités comoriennes.

Le locataire de l`Elysée exerce de pression tant au niveau comorien que yéménite pour que ce blocage prenne fin et que le rapport soit publié. A ce titre Nicolas Sarkozy a écrit à Mohamed Sambi le 30 juin 2010, afin de demander la publication de ce rapport. De même, il a écrit à son homologue yéménite, le Président SALEH, afin que les autorités du Yémen coopèrent à l’enquête pénale en fournissant le cahier de maintenance des appareils, les licences des pilotes.

A la question sur une éventuelle reprise des vols directs d’une compagnie française à destination de Moroni, Nicolas Sarkozy répond, que : « Des négociations, appuyées par Monsieur Dominique BUSSEREAU, Secrétaire d’Etat aux Transports, ont été menées pour augmenter la desserte par Air Austral et permettre des vols directs, ce qui réduirait le risque résultant d’un changement d’appareil durant le trajet. Or, le Gouvernement comorien, bien qu’il ne s’oppose pas à ces projets, les rend impossibles. En effet, le Gouvernement comorien impose aux compagnies autres que la Compagnie Yémenia un prix de vente du carburant deux fois plus cher à Moroni que dans le reste du monde. Cette exigence est inacceptable pour les compagnies commerciales qui souhaiteraient atterrir à Moroni ». Le blocage est donc réel.

J’ose espérer ici, que le président français soucieux et attristé par ce drame, ouvrira les yeux et regardera en face ces milliers des comoriens qui meurent dans les eaux comoriennes parce qu’ils veulent se rendre chez eux à Mayotte. Terre naturellement comorienne.

Je souligne ici que notre souci est majeur. Nous ne pouvons en aucun cas, fermer les yeux, et oublier ces 152 âmes péries dans ce drame dont chacun de nous, se remémore chaque jour qui se lève. C’est un devoir de chacun, loin de toute forme de récupération politique. Si on indexe le gouvernement comorien, c’est parce qu’il n’a pas mesuré l’enjeu de ces pertes humaines.

Cette vérité que nous réclamons est indispensable voire vitale car elle est le seul remède pour des c½urs brisés par le chagrin, et « trahis » par leurs propres gouvernants, et d’où qu’elle vienne, elle sera la bienvenue. Cette vérité n’a pas de prix et celle ou celui qui la prononcera, aura droit à notre estime car nous avons toujours en mémoire ces 152 âmes disparues dans des conditions obscures. C’est en ce sens que je tends la main au prochain président mohélien de lever le voile sur ce drame, enterré dans les oubliettes par les anciens dirigeants.

Plusieurs questions nous interpellent par rapport au silence coupable des autorités comoriennes :

Pourquoi et comment, le gouvernement comorien, a classé sans suite le rapport du BEA, au mépris des 152 victimes de l’A310 de la compagnie Yémenia écrasé au large des Comores dans la nuit du 29 juin 2009 ?

Pourquoi ce même gouvernement a autorisé la reprise des vols de la compagnie Yémenia à destination des Comores, alors qu’elle a refusé de coopérer à l’enquête afin d’établir les causes de ce drame ?

Pourquoi les autorités comoriennes n’améliorent pas la desserte entre la France et les Comores, en permettant l’entrée en scène de plusieurs compagnies aériennes et concurrentes à Yémenia, qui a fait périr 152 personnes sans aucune considération ?

Mouigni Abdou
Citoyen

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