Rupéïsation de Mayotte

Rupéïsation de Mayotte

Kira Bacar Adacolo souhaite que les Mahorais soient de plus en plus sensibilisés aux institutions de l’Union européenne.

 
"Les élus sont à la traîne sur un certain nombre de sujets"

En poste à Bruxelles depuis un an et demi en tant qu’assistant parlementaire du député européen Elie Hoarau, Kira Bacar Adacolo est venu sur notre île pour faire un point sur le dossier de la rupéïsation de Mayotte. Si au niveau parlementaire les choses avancent petit à petit, nos élus semblent se désintéresser de la chose, alors que l’Etat a du retard sur son calendrier.
 
Sénatoriales oblige, l’attention du public mahorais s’est détournée du processus de transformation de Mayotte en région ultrapériphérique (Rup). Pourtant, l’échéance de 2014 approche à petits pas et peu de monde semble préoccupé par cet énorme chantier. Marie-Luce Penchard avait annoncé que le gouvernement français demanderait officiellement à l’Union européenne au cours du premier semestre 2011 le passage de PTOM à Rup pour Mayotte en 2014. Le mois d’octobre 2011 approche et rien n’a été fait pour l’instant.
"C’est une question de stratégie. Le ministère de l’Outremer pensait que ce serait bon au premier semestre. Le ministère des Affaires étrangères quant à lui n’avait pas le même avis. La présidence hongroise du 1er janvier au 30 juin n’aurait pas été favorable à cette demande, alors que la Pologne, un pays en plein essor économique le serait plus. Quoiqu’il en soit, le gouvernement Sarkozy confond parfois vitesse et précipitation", indique Kira Bacar Adacolo, assistant parlementaire d’Elie Hoarau (PCR, Alliance des Outremers).
De son côté, le député européen a fait du lobbying pour que des dispositifs de pré-adhésion disponibles pour des pays comme la Turquie, l’Islande ou encore la Croatie puissent être appliqués à Mayotte. Cela n’a pas fonctionné au sein du Parlement européen car cela ne marche pas encore pour les PTOM. Cependant, Elie Hoarau est allé toquer à la porte du commissaire européen Johannes Hahn. Kira Bacar Adacolo a écrit une lettre au président de la Commission européenne José Manuel Barroso et à Johannes Hahn dont la copie a été transmise à Daniel Zaïdani.
"Cela a eu un effet positif puisque nous avons la certitude que lors du vote du budget le 4 et 5 octobre, le Parlement européen inscrira 2 millions d’euros pour un plan d’action d’assistance technique pour aider au passage en Rup", avance l’assistant parlementaire.
Un manque de communication entre élus et techniciens
Cela consistera à former une vingtaine d’agents du CG et de la préfecture qui seront en charge de la mise en place des programmes européens sur le terrain. La participation des élus mahorais à la rupéïsation se fait difficilement et la hiérarchie de la direction des affaires européennes ne transmet pas des informations qui devraient être accessibles à tous. "On les sollicite souvent, mais à mon grand regret il y a peu de collaboration", s’étonne Kira.
Pour illustrer ce propos, il prend l’exemple du comité de pilotage pour la rupéïsation : aucun représentant du député européen n’y figure. Kira ne perd pas espoir pour autant et continue sa sensibilisation, notamment à l’endroit des socioprofessionnels, des syndicats ou des associations. "J’ai rencontré la chambre d’agriculture et j’ai sensibilisé les agriculteurs sur les fonds européens. En Métropole 70% du budget d’une Capa provient de la taxe sur le foncier non bâti. Ici, rien n’est prévu avant 2014."
Pour Kira, il faut que les Mahorais changent leur façon de gérer les politiques publiques pour réussir le virage européen. "On dit que le peuple n’a que les élus qu’il mérite. Ici les élus sont à la traîne sur un certain nombre de sujets. Ils doivent communiquer et multiplier les réunions avec les techniciens administratifs pour mieux conduire les projets. Il manque cela et c’est pour cette raison que les projets ne sortent pas de terre", s’insurge-t-il.
Pour familiariser les élus et personnalités mahorais aux institutions européennes, il invitera 27 d’entre eux du 9 au 17 octobre à Bruxelles – le voyage est financé par le Parlement européen. Ils participeront à une session parlementaire pour mieux cerner l’action du député européen. En espérant qu’ils appliquent la leçon apprise là-bas dès leur retour.
 
Faïd Souhaïli
 

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