Réponse de la bergère au berger

Réponse de la bergère au berger

J’ai lu avec attention la réaction de Me Fahmi Said Ibrahim à mon article publié dans le blog du journaliste Mohamed INOUSSA et repris par le quotidien La Gazette des Comores (dont je salue ici la liberté de ton par rapport à l’unanimisme sambiste du reste de la presse nationale). A la lecture de ce texte, je me suis demandée s’il fallait en rire ou en pleurer. Comment, en effet, l’avocat du gouvernement pouvait-il assener, dans un journal aussi respectable qu’Al-watwan, des galéjades aussi saugrenues et se livrer à une interprétation aussi partiale et partielle de l’arrêt de la cour constitutionnelle.

Mais, là où Me Fahmi Said Ibrahim tombe sa robe (ou plutôt son masque) d’avocat pour enfiler ses habits de séide au service d’un homme, c’est lorsqu’il affirme, sans sourciller, que l’arrêt de la Cour constitutionnelle ne fait pas mention de la fin du mandat du président Sambi, mais parle de « période intérimaire ». J’ai envie de lui demander pourquoi cette « période intérimaire » débute le 26 mai à minuit et pas à une autre date. Et pourquoi ce régime intérimaire n’était pas intervenu en 2009, en 2008 ou en 2007. Tout simplement parce qu’à partir de cette date du 26 mai, il y a « un ordre qui rompt» comme on dit.

Je pense que l’interprétation de la loi est une affaire assez sérieuse pour être laissée au premier venu, surtout en ces temps agités où se joue l’avenir institutionnel des Comores. A travers ses interprétations tirées par les cheveux, l’avocat du gouvernement cherche tout simplement à faire oublier son précédent échec, celui d’avoir fait croire au président Sambi que la loi du Congrès pouvait être rétroactive. Voilà que les juges constitutionnels le rhabillent pour l’été et envoient notre célèbre avocat à ses chères études ! Comment le président Sambi peut-il se laisser, une seconde fois, berner par le même avocat, qui éprouve un malin plaisir à jouer l’apprenti-sorcier.

Dans mon article, j’ai indiqué que le gouvernement ne pouvait s’en tenir à la date du 27 novembre 2011 parce que l’arrêt de la cour constitutionnelle propose expressément la mise en place d’un gouvernement et d’un calendrier électoral « consensuels ». En guise de réponse, le célèbre avocat se lance dans une longue digression sur la lettre S, en affirmant que seul le calendrier des élections est concerné par ce consensus. S’il avait lu mon article avec les lunettes d’un avocat posé, il aurait compris que c’était bien l’objet de mon propos et que la formation ou non d’un gouvernement d’union nationale m’importe peu. L’arrêt de la cour constitutionnelle rejette toute religion sur la date du 27 novembre 2011 comme semble le faire aujourd’hui le régime en place.

Je comprends finalement que c’est le partage du pouvoir (la mise en place d’un gouvernement de transition) qui semble poser un réel problème à l’avocat du gouvernement. En clair, il est favorable à un calendrier électoral consensuel, mais pas question d’ouvrir le gouvernement à d’autres tendances politiques.

Je pense que l’avenir institutionnel des Comores mérite mieux que ces petits calculs politiciens, cette guerre de strapontins ministériels. Et lorsque Me Fahmi Said Ibrahim, l’un des avocats en vue des Comores et personnalité influente du régime, réduit le débat national à ses appétits du pouvoir et à une histoire de postes ministériels, j’ai envie de crier et de reprendre une boutade de mon grand-père paternel : « ce pays n’a vraiment pas de chance » !

Mais, là où on n’arrive pas à réprimer le rire à la lecture du texte de notre célèbre avocat, c’est quand il dit oui à un calendrier électoral consensuel et, en même temps, il traduit ce consensus par l’accord entre le président et ses deux vice-présidents. Si vous suivez donc son raisonnement, il suffit que le président Sambi et ses deux VP se mettent d’accord pour fixer les élections en 2014 et le tour serait joué. Alors, pourquoi ne le font-ils pas, cher Maitre ? Est-ce à dire que les trois têtes de l’exécutif de l’Union n’étaient pas d’accord sur la date du 27 novembre 2011 et qu’il faut aujourd’hui qu’ils s’accordent les violons ? Un peu de sérieux, Maitre, et vous aurez fait beaucoup de bien à la profession d’avocat dans notre pays !

Confraternellement vôtre.

Par HADIDJA BINT KASSIM CHEIKH
Titulaire d’un Master 2 – Droit public
Paris, France


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