Radioscopie d’un scrutin dans le Bambao

A Bambao, les calculs sont tombés à l’eau côté opposition. La mouvance l’a remporté haut la main contre la candidate soutenue par le parti Chuma et l’opposition, Mme Mariama Mzé Mmadi. Avec son colistier du parti CRC [Convention pour le renouveau des Comores, créé par l'ancien président Azali], ils n’ont pas démérité la victoire si ce n’est la manipulation orchestrée en pleine campagne par la mouvance qui a fait libérer la veille du 1er tour « les condamnés de l’affaire opposant les deux localités voisines de Vouvouni et Mdé. » Et depuis, l’électorat de Vouvouni estimé à plus de 1000 électeurs a basculé en faveur du candidat du régime. Ce fait a marqué les esprits des vouvouniens mais a eu pour conséquent de pousser leurs voisins de Mdé vers l’opposition.
Dans cette circonscription, la ville d’Iconi où est originaire la candidate de l’opposition pèse lourd sur l’échiquier électoral régional par rapport surtout à l’autre grande agglomération, Mkazi, la localité du candidat de la mouvance, Alhadhur Ali. Cette fois, les enjeux ont changé de nature, puisque le Bambao, à en croire un vieux routier de la politique que nous avons interrogé, « ne veut plus favoriser un candidat originaire d’Iconi ». Histoire de rompre avec une sorte de monopole exercé depuis longtemps par ce chef lieu du Bambao, dont le député sortant est le prince Said Ali Kémal. Avant lui, la ville a donné successivement trois députés Ali Achiraf (1978-1982), Cheikh Ahmed (1982-1992), Hassane Soulé (1992-1996).
Vrai ou faux, en tous cas l’influence de l’électorat de Vouvouni bien mobilisé pour la circonstance avec un taux de participation de 90%, a donné entière satisfaction à la mouvance qui a raflé la mise à Mkazi, où la candidate de l’opposition n’a pas pu enregistrer 50 voix contre un millier en faveur de l’enfant du village. L’opposition sera en tête juste à Mvouni, Bachilé, Mboudé et environs. Incapable de basculer la donne face à un « baobab » [symbole des candidats du pouvoir] décidé à en découdre.
Même à Iconi la ville de la candidate de l’opposition le terrain était déjà miné, cette fois par l’action des jeunes déterminés à jouer contre le feu. Ici le candidat de la mouvance M. Alhadhur a obtenu un score honorable de 450 voix, grâce à ses partisans incarnés par Hassane Said un ex-membre de la CRC ou encore Dahalane Said Salim le directeur régional de l’APC [Autorité portuaire des Comores].
A titre de rappel, Hassane Said avait porté les couleurs de la CRC aux législatives de 2004 mais aujourd’hui reconverti dans le camp de la mouvance du président Sambi depuis le référendum du 17 mai dernier. C’est dire que l’opposition y a laissé des plumes, en faveur du régime. L’on se plaint du désintéressement des électeurs de cette ville qui compte 12 bureaux de vote, ce qui a entraîné un grand taux d’abstention estimé à 15%. Pourtant la candidate est considérée parmi les plus dynamiques de la ville.
L’autre argument avancé de ce rebond d’électorat en faveur du candidat de la mouvance, il s’agit d’une initiative de soustraire la ville de son cran naturel de bastion de l’opposition de tous les régimes depuis l’époque coloniale. D’ailleurs tous les gouvernements successifs courtisent la ville d’Iconi pour dompter la région. Le Président Azali a misé sur Said Ali Kemal après l’échec de la CRC aux législatives de 2004 en emportant dans son sillage ce leader charismatique du parti Chuma. Il y a aussi la localité de Moindzaza Mboini l’autre électorat ayant contribué largement à la réussite du candidat de la mouvance. Autant dire que les fruits escomptés du candidat Alhadhur qui n’est pas à sa première expérience, le député sortant l’a emporté presque dans le reste des localités de Bambao à l’instar de Nioumadzaha où l’électorat frôle le millier, Boueni et d’autres.
Selon un observateur, la mouvance a fait le tour de la région aussitôt la proclamation des résultats du 1er tour pour remercier et encourager son électorat, ce qui n’était pas le cas du camp de l’opposition qui a un peu traîné les pieds. Le succès de la mouvance dans cette circonscription ne serait donc pas seulement lié à des services rendus par le candidat, mais probablement l’expression d’un changement de leadership régional. Autant dire que la trilogie Mkazi-Vouvouni-Moindzaza Mboini a joué en faveur du pouvoir, contre l’autre équation de l’opposition actuellement en perte de vitesse. Pour peu, l’opposition pourrait encore compter sur la l’élection des conseillers prévue prochainement dans deux districts (Bamabao yamboini 1 et 2).
Notre vieux routier de la politique électorale dans cette circonscription regrette fort le « tort » de la libération des présumés coupables de l’affaire Vouvouni et Mdé comme le vrai motif de l’échec de l’opposition qu’il soutient d’ailleurs, mais surtout appelle ses concitoyens de la région à mettre un terme aux conflits inter-villageois, rôle qui échoit au futur élu du Bambao, dit-il. Elu avec un score d’environ 54%, selon les résultats sortis des urnes publiés par la CENI, le député sortant a du pain sur la planche. Mais son challenger Mme Makas ne s’avoue pas vaincue, car elle aurait introduit un recours à la Cour constitutionnelle pour de nombreuses irrégularités et tentatives de corruption des électeurs.
A.Nabahane / 231209/an/hzkpresse/15h00
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