Question de Mayotte: Les associations françaises contre la politique migratoire menée à Mayotte
L’ensemble des associations qui, à Mayotte, s’occupent des migrants et particulièrement ceux venant des trois autres îles des Comores, a publié un communiqué, pour dénoncer la politique de « reconduites à la frontière »
Ces associations, qui ont obtenu le soutien de leurs bases à Paris, ainsi que d’autres grandes associations françaises, n’ont jamais été aussi virulentes contre la politique française de « lutte contre l’immigration » à Mayotte.
Ce communiqué revient tout d’abord sur le dernier naufrage, au sud de Mayotte, d’un kwasa-kwasa en provenance d’Anjouan, le 28 octobre dernier. Deux femmes ont été retrouvées mortes et un bébé a disparu. Les associations écrivent que « Femmes et enfants sont d’ailleurs souvent les premières victimes des naufrages ».
Elles rappellent que depuis l’instauration du visa Balladur, « les routes les plus directes et les moins dangereuses » sont coupées par des dispositifs divers (« contrôles de police, radars, vedettes militaires… »), ce qui oblige les kwasa-kwasa à emprunter les itinéraires les moins sûrs.
Ces associations parmi lesquelles ont compte la CIMADE, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), le Secours catholique, Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), Ligue des droits de l’Homme, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), Médecins du monde et Réseau Education sans frontière (RSFIM)… n’ont pas hésité à assimiler « les reconduites à la frontières » pratiquées par le gouvernement français à « des déplacements forcés de populations », c’est-à -dire à un crime contre l’humanité, selon les termes de la Cour Pénale Internationale. Cette accusation était jusque là employée par les seules associations de franco-comoriens en France.
En effet, en droit international, il n’existe aucune frontière reconnue entre Mayotte et les trois autres îles de l’archipel, aussi, les renvois de Comoriens de Mayotte vers Anjouan ou la Grande-Comore pourraient être assimilés à des « déplacements de populations » à l’intérieur d’un même pays, et cela est normalement condamné par la Cour Pénale Internationale.
Le communiqué dénonce également le sort qui est réservé aux enfants qui sont souvent « expulsés seuls alors que toute leur famille réside à Mayotte ». Cette pratique dénoncée depuis des années par la CIMADE contrevient, cette fois, à la Convention sur les droits des enfants dont la France est signataire. Cette convention dit qu’aucun mineur ne peut être considéré comme un « clandestin », or à plusieurs reprises, les associations ont constaté que des enfants ont été envoyés à Anjouan, au mépris de ce principe, et souvent avant même que les associations ne puissent faire valoir leurs droits.
Tout cela amène les associations qui agissent à Mayotte depuis de nombreuses années et qui sont à l’origine de ce communiqué, à considérer que le processus de départementalisation « n’est ainsi pas synonyme d’extension de l’État de droit mais de radicalisations des mesures d’exception (rafles, atteintes aux domiciles, non respect de la vie privée et familiale…) portant atteinte aux droits fondamentaux d’une large partie des habitants de l’île. »
Alors que ce communiqué est rendu public, les autorités françaises enquêtent toujours sur un corps trouvé sur la plage de Mtzamboro, au Nord de l’île et dont certains affirment qu’il s’agit d’un homme qui avait été arrêté et qui avait été mis dans le fameux Maria Galanta pour Anjouan. Il aurait sauté à l’eau avec quatre autres pour revenir à Mayotte. Mais, les conditions dans lesquelles ces cinq personnes sensées être sous surveillance jusqu’à Anjouan ont pu quitter ce bateau à l’insu de l’équipage restent encore mystérieuses.
Mahmoud Ibrahime, correspondant à Mayotte
Publié le: 09/11/2010 – 13:55:13 Par: HZK-Presse
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