PRIVATISATION DE COMORES TELECOM: LE GVT N’A PAS LE DROIT DE BRADER LE PATRIMOINE NATIONAL

PRIVATISATION DE COMORES TELECOM: LE GVT N'A PAS LE DROIT DE BRADER LE PATRIMOINE NATIONAL

PHOTO: LES MENSONGES DU TRIO SAMBI, IDI ET LE MERCENAIRE BASHAR KIWANPrivatisation de Comores Telecom :
Said-Abasse Dahalani : « Le gouvernement n’a pas le droit de brader le patrimoine national »

Moroni, mercredi 3 février 2010 (HZK-Presse) ? Un ancien directeur général de la Société nationale des postes et télécommunications de 1992 à 1996 [Snpt, devenue Comores telecom depuis 2005], Said-Abasse Dahalani, critique le processus engagé par le gouvernement actuel pour la privatisation de cette entreprise publique. Pour lui, le pouvoir cherche à « brader » le patrimoine national, ce qu’il assimile à une opération opaque au profit « d’un mercenariat financier extérieur ». Lire ci-après l’interview exclusive que M. Said-Abasse Dahalani, actuel président du parti Mouroua a accordée à La Gazette des Comores et HZK-Presse.

Question : Vos responsabilités publiques antérieures à Comores Telecom ont posé une forte empreinte de gestion reconnue dans le pays. Il est tout à fait logique de demander votre avis sur la privatisation en cours de cette société?

Said-Abasse Dahalani : Tout d’abord, il me semble utile de nous accorder sur certains termes. Dans les pays développés comme d’une manière générale, on parle de « privatisation » le processus juridique, économique et financier consistant à déléguer la gestion ou à céder en partie ou en totalité les actifs d’une entreprise publique à une entité privée. Ce qui est loin d’être le cas ici. Tout d’abord, l’entreprise publique dans notre pays, n’est ?publique’ que de nom. C’était pire dans le régime politique précédent, c’est encore pire aujourd’hui. Ce sont en réalité des entreprises ?présidentielles’ et non des entreprises ?publiques’. La plupart du temps, s’il n’y a pas une rigueur éclairée de gestion de l’équipe dirigeante de l’entreprise, la logique présidentielle entraîne ces sociétés à se mettre au service quasi-exclusif des dirigeants de l’Etat au détriment de celui de la population en termes de coût et de qualité des services rendus par l’entreprise. En réalité, le processus qui est en cours, consiste à faciliter, sous contrôle présidentiel, l’acquisition par certains acteurs économiques de certains biens publics.

Question : D’une certaine façon, n’est-ce pas là une forme de « privatisation »?

S-A.D. : Au mieux, c’est une « privation » pseudo-légale de la population de son droit de souveraineté sur ses entreprises publiques. Au pire, nous assistons à un raid sur les actifs d’une entreprise publique par un mercenariat financier extérieur allié à des intérêts locaux, à un moment de faiblesse générale de l’Etat qui a perdu ses serviteurs expérimentés à cause d’un clientélisme politique structurel exacerbé.

Question : Votre position ne traduit-elle pas un rejet contre toute forme de privatisation des entreprises publiques ?

S-A.D. En aucun cas. Premièrement, lorsque j’assumais la direction générale de la Snpt, j’avais lancé dès 1994 des études approfondies, confirmées par un bureau d’études de grande renommée internationale dans le secteur, pour séparer la poste et les télécommunications en deux entités distinctes, avec l’objectif à terme de privatiser le secteur des télécommunications « dès que la mariée sera belle » ; autrement dit, dès que les conditions de viabilité économico-financière de l’entreprise seraient remplies pour maximiser les plus-values de la transaction. Deuxièmement, le projet politique du Mouroua que je préside, a exprimé clairement notre ferme volonté « d’actionnariser » les entreprises publiques.

Question : Qu’entendez-vous par « actionnariser » les entreprises publiques ? Et quelle est la différence avec « privatiser » ?

S-A.D. En fait, nous voulons que les entreprises publiques appartiennent réellement au public et non exclusivement aux dirigeants de l’Etat comme c’est le cas aujourd’hui. Pour cela, la réforme des entreprises publiques que nous préconisons, permettra à tout comorien des 4 îles de prendre des actions dans ces sociétés, tout en ouvrant le capital à des partenaires stratégiques, c’est-à-dire à des opérateurs internationaux qui ont une haute notoriété dans le secteur. Cela permettra à chaque Comorien actionnaire de contrôler effectivement la bonne gestion de son bien, de placer ses économies sur des investissements productifs et hautement rentables au lieu de les consacrer quasi-entièrement dans des secteurs à la rentabilité économique hasardeuse comme le Anda (le grand mariage), et de développer ainsi une logique durable et irréversible d’une entreprise qui s’enrichit, en enrichissant également et directement le public actionnaire. Cette logique aurait également un effet vertueux en libérant le personnel et la population du carcan politique qui veut que le recrutement ou le niveau de responsabilité dans une entreprise publique ne sont pas liés au mérite ou à la compétence, mais à la couleur supposée du candidat, ce qui a entraîné la politisation à outrance des entreprises avec son cortège de médiocrité dans les résultats de leur gestion.

Question : Pensez-vous que la privatisation préconisée par le gouvernement actuel n’est pas capable d’atteindre des objectifs positifs similaires ?

S-A.D. Bien sûr que non. Pour la simple raison que le processus que nous proposons devra, au-delà de sa base légale, associer étroitement le personnel de la société ainsi qu’un large spectre des forces économiques du secteur privé et de la diaspora, dans la définition des objectifs de la privatisation et même dans la prise d’actions dans la société. Je connais un grand nombre d’employés de cette société qui ont mis leur c?ur et le meilleur d’eux-mêmes pour faire de cette société un bijou national enviable et envié. Il serait particulièrement injuste de les exclure d’un processus qui engage l’avenir de l’entreprise dans laquelle ils ont passé une grande partie de leur vie active. Les manifestations sans précédent du personnel de la société qui ont eu lieu la semaine dernière, les notables qui sont allés exprimer leurs inquiétudes au président de la République, l’absence de concertation des forces économiques organisées, celle des partis politiques ou d’experts reconnus, tous ces faits sont là pour prouver que les autorités voudraient prendre de court les forces vives du pays pour commettre une sorte de délit d’initié, en cédant des actifs de Comores Telecom à un opérateur clairement identifié avant même le lancement du processus.

Question : Dans ces conditions, quelles méthodes proposeriez-vous pour réussir la bonne privatisation de Comores Telecom?

S-A.D.Vous le savez bien, il ne s’agit pas d’inventer l’eau chaude. Les processus de privatisation selon des règles saines sont bien connus dans le monde et en Afrique depuis les années 80 du siècle dernier. Les Comores ont également connu des expériences réussies de privatisation et de société par actions : la BIC et les MECK constituent de bons exemples. Les privatisations ne sont ni un dogme ni une nouvelle religion. Vous le faites très bien à titre individuel, lorsque vous voulez vendre votre voiture personnelle, ou un terrain qui vous appartient. Vous mettez en valeur votre bien pour pouvoir le vendre au meilleur prix en recherchant une personne solvable et non le premier venu. Et lorsqu’il s’agit de vendre un bien familial, vous n’allez pas le brader sans le consentement des intéressés.

Question : Vous évoquez là, une approche individuelle. Qu’en est-il de la privatisation lorsque c’est l’Etat qui l’engage ?

S-A.D. Vous avez raison de le souligner, car lorsque c’est l’Etat qui initie un tel processus, il y a des contraintes supplémentaires beaucoup plus sévères. Elles consistent tout d’abord à se conformer strictement au cadre légal, à effectuer ensuite des études comparées pour évaluer le juste prix du bien à privatiser, à évaluer sur le long terme les conséquences économiques, financières, stratégiques et sociales, et d’insérer les bénéfices attendus dans une perspective budgétaire éclaircie, notamment par des tableaux d’opérations financières réalistes, et non de récupérer ces recettes pour les utiliser à la sauvette en vue d’assurer le fonctionnement quotidien de l’Etat etc. Dans ces conditions, chacun peut le constater : le processus engagé par le gouvernement actuel est loin d’être une privatisation au sens classique du terme. A moins que l’on veuille brader les biens publics comme en Russie, pour faciliter l’émergence de quelques oligarques locaux, déclarés ou déguisés.

Propos recueillis par El-Had Said Omar
030210/eso/hzkpresse/9h00

Lire l’article sur http://ridja.centerblog.net/820-PRIVATISATION-DE-COMORES-TELECOM-LE-GVT-N-A-PAS-LE-DROIT-DE-BRADER-LE-PATRIMOINE-NATIONAL

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