Président Ikililou DHOININE: L’héritier A l’exubérance a succédé la monotonie. Légataire ou simple relais…
Réflexe naturel d’ego, les hommes qui ont exercé le pouvoir suprême préfèrent pour leur succéder des personnes plutôt ternes, peu susceptible de leur faire ombrage. Sambi semble avoir cédé à la règle, tant le dauphin par lui choisi est son antipode.
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Les prestations publiques du nouveau président ont révélé un piètre orateur. Le Dr Ikililou Dhoinine a néanmoins fait démentir la règle qui voudrait que sans art oratoire, point de destin politique.
Le Dr Ikililou – Iki pour ses fans – a vu le jour le 14 août 1962 à Djoiézi, la deuxième localité de Mwali. Etudes supérieures en Guinée-Conakry où il sortira docteur en pharmacie. Taille moyenne, l’embonpoint naissant, le geste un tantinet pataud, ce père de deux petites filles, croyant assidu, offre l’image rassurante d’un bon père de famille. Malgré son sourire affable, l’homme est peu expansif, plutôt avare en effusions publiques. Une retenue qui frise la timidité. Pas le genre chaleureux avec tape dans le dos et grosses rigolades.
Ses détracteurs stigmatisent volontiers un homme affligé d’un fort déficit de personnalité, son «côté buté» et «tranchant» (sic), son «manque de charisme» (sic) ; grossissant à l’envie l’emprise que son épouse, présentée comme «la vraie patronne» (sic), exercerait sur lui.
Ses partisans préfèrent plutôt saluer «sa modestie» (sic) et «son sérieux» (sic). Jean-Emile Delapeyre parle d’«un homme prudent et pragmatique.» Le vice-président Mohamed Ali Soilihi souligne «son sens de l’écoute, et il sait déléguer, deux qualités pour diriger (…), il a une autre qualité : l’humilité.»
Son bref flirt avec la CRC ne lui a pas laissé aucune des stigmates qui collent aux azalistes. Rien ne prédisposait ce paisible pharmacien à briguer un jour la magistrature suprême, jusqu’au jour où le malin hasard fit croiser sa route avec celle d’un bouillant et ambitieux prêcheur enturbanné. Il succomba sous le charme hypnotique de son discours, et le servira fidèlement durant cinq ans comme vice-président, occupant successivement les portefeuilles de la Santé, des Finances, et de l’Equipement, avant de lui succéder à la tête de l’Etat. Grand bien lui en fasse !
L’homme qui vient de prendre les destinées du pays n’a jamais ambitionné un tel projet. On lui a presque mis le pied à l’étrier. L’on dit même qu’il n’aurait pas eu son mot à dire sur le choix de ses colistiers. Sambi l’imposera malgré certaines fortes réticences au sein de la mouvance présidentielle. «Je l’ai choisi parce qu’il est le seul qui puisse poursuivre l’½uvre entamée, c’est un patriote, un homme intègre peu porté dans les malversations financières», déclarait-il le 14 novembre 2010, pour justifier son choix. «Que ceux qui m’aiment, ou qui estiment j’ai rendu quelque service votent pour lui», ajoutera-il.
L’ayant intronisé et adoubé, Sambi s’investira pleinement pour assurer l’élection de son poulain. Ikililou le lui rendra bien en se présentant naturellement comme «le continuateur» de son ½uvre. «Une vraie continuité dans le changement» lit-on dans sa profession de foi. Le candidat Ikililou était même allé jusqu’à la chanson-fétiche qui avait rythmé l’élection de Sambi en 2006, remplaçant seulement «Aha» par «Iki».
Jusqu’à son investiture, et malgré quelques bouderies passagères et sans conséquence, Ikililou se laissera porter par le courant sambiste, sans tenter d’affirmer une quelconque altérité. «Il est resté particulièrement discret sur la question de la prolongation» du mandat de Sambi, confiera un ancien ministre. Une attitude «tactique» expliquera un proche. Ikililou cacherait-il ses griffes? Sa future relation avec l’ancien chef de l’Etat reste un sujet de méditation.
Pour l’instant, personne ne lui connait de frasques, ni grosses casseroles. Le 16 janvier dernier, devant des centaines de ses partisans rassemblés place Ajao, le Dr Ikililou, flanqué du gouverneur de Ngazidja, annoncera (déjà ) à la surprise générale, sa volonté à lutter contre la corruption. Ses premières mesures tendraient à prouver qu’il ne s’agissait pas d’un simple effet d’estrade…
Durant les primaires, Ikililou a subi sans broncher (indifférence ? flegme britannique ? ou manque de combativité?) les attaques les plus virulentes. «Pour assurer votre avenir, il ne faut pas un novice, un timoré, mais un homme capable d’affronter l’adversité et défendre vos intérêts et ceux de l’île… et dont vous serez fiers», déclarait par exemple Elarif Oukacha, lors d’un meeting. Sans parler des allusions outrancières de certains l’assimilant à une marionnette «en djoho»…
Ikililou va être confronté à une tâche ingrate et ardue. Comment défendre le bilan du régime passé dont lui et ses vice-présidents sont comptables ; tout en se démarquant pour poser son empreinte propre. Sambi s’était fait élire sur trois promesses-phares : éradiquer l’habitat insalubre, lutter contre la corruption et réhabiliter la justice, et améliorer les conditions d’existence des plus défavorisés ; poussant l’outrecuidance jusqu’à se dire prêt – la main toujours sur le c½ur, à subir la justice des hommes et du Ciel au cas où il faillirait à ses engagements. Aucun de ces chantiers n’a pourtant reçu le moindre début de réalisation. A moins de miser sur l’amnésie vertueuse des Comoriens, le nouveau président va devoir s’engager à poursuivre une ½uvre jamais réellement entamée.
Ikililou risque vite de se retrouver captif des antagonismes qui plombent son propre camp, ses frères ennemis dont il faudra satisfaire les desiderata, les sollicitudes des courtisans et des nouveaux ralliés, les éternels courtisans, sans parler du n½ud coulant de la «légitime» impatience revendicative des Mohéliens, toutes tendances et catégories socioprofessionnelles confondues, pour qui ce mandat est «leur» pouvoir.
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Aboubacar MCHANGAMA
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Lors des primaires, la plupart des candidats – à l’exception d’un Bounou ou Boléro, ont rivalisé dans le lamento misérabiliste insulaire, psalmodiant sur tous les tons les mille infortunes subies par la benjamine des îles, ignorée et délaissée… La tournante mohélienne fut vécue comme une résurrection. Une revanche sur l’histoire portée par le sentiment d’une fierté reconquise.
«C’est notre pouvoir.» Ce sentiment insulaire fusionne Mohéli dans toutes ses composantes, même si parfois adverses. Propos d’un candidat lors des primaires : «Dès l’annonce de ma victoire, courrez occuper les bureaux à Moroni en attendant mon arrivée.» Légitime ou pas, comment le président Ikililou pourra-t-il brider cette revendication mohélienne dans des proportions acceptables…
«Nous avons été marginalisés depuis 1945, ce n’est qu’en 1971 qu’un Mohélien a été nommé ministre dans ce pays", dira par exemple Salim Djabir, ancien président de l’Assemblée fédérale. Le candidat Oukacha a subtilement joué sur cette partition, en se présentant – non sans une certaine fierté comme l’un, sinon le premier Mohélien à avoir engagé le combat pour l’équilibre des îles, mère de l’actuelle présidence tournante.
N’eût été le souci de ménager les suffrages d’Anjouan et de Ngazidja en vue du second tour, on aurait eu droit aux mêmes accusations que le mouvement sécessionniste maorais (MPM) avait développées dans les années 70, décrivant Maoré comme une île «brimée» et «exploitée… par l’impérialisme des autres îles», Anjouan et Ngazidja notamment. Accusations que reprendront quasi à l’identique en 1997 les séparatistes anjouanais de l’OPIA et du MPA, ainsi que le mouvement séparatiste mohélien Mkoutrouo – l’accusée étant cette fois Ngazidja.
Certes, Mohéli se trouve dans un état de déréliction à la limite du supportable. Certes, c’est la première fois qu’un Mohélien va assurer les fonctions de chef de l’Etat. Mais soutenir que les possibilités pour Mohéli de se développera seraient extraordinairement immenses parce qu’un mohélien va diriger le pays, comme la plupart des prétendants l’ont plus ou moins exprimé de façon démagogique, est aussi stupide que périlleux. La liste serait longue, des Mohéliens qui ont occupé des hautes fonctions de l’Etat sans que la situation de leur île se soit améliorée d’un iota.
Qui peut soutenir qu’Anjouan s’est développée durant les douze années que le défunt Ahmed Abdallah Abdérémane a dirigé le pays d’une main mercenaire. Ou que les sept années du colonel Azali Assoumani (et ses deux Premier ministres mohéliens, Boléro et Bianrifi…) ont propulsé Ngazidja au rang de petit dragon. Ou que les cinq années Sambi ont amélioré la situation de son île natale.
Mohéli a fini par développer un complexe misérabiliste, véritable filon pour les politiciens locaux dépourvus de projet, ni insulaire, encore moins national. Il faut arrêter la fable tenace de Mohéli, du fait de sa taille petite (299 kms2), serait la victime expiatoire de l’ «impérialisme» cruel de ses «puissantes» voisines» ; mais qui reste étrangement coi lorsqu’une disposition électorale inique – qu’il faudrait modifier, lui est favorable.
Incapables d’identifier les causes de nos maux dont ils en très grande partie responsables, encore plus les résoudre, nos soit disant dirigeants se sont comme passés le mot : la faute c’est l’autre. Même servie par la plus grande démagogie, l’argument du bouc émissaire atteint vite ses limites.
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Abdoubacar MCHANGAMA
L’ARCHIPEL du 27 Â juillet 2011
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