ON VA DIRE, IL ETAIT UNE FOIS

[align=center]« Wussiku wa mwaba drabo kohomo husha »
On va dire, il était une fois…
Plombé par les frasques de ses anciens et nouveaux ministres, ces compagnons de fortune et son bilan dérisoire, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi se retrouve face au spectre de l’échec.
Il y avait, au moment de son élection en 2006, quelque chose de magique chez l`homme au turban vert, nommé l`Ayatollah non Khomeiny. Son âge, son énergie, sa volonté de rupture, sa boulimie de réformes et un discours séduisant bâti sur des valeurs, comme le travail, l`éducation, la santé, et surtout éradiquer la pauvreté coûte que coûte et des promesses, comme la «République irréprochable».
Après l’interminable torpeur de l`ère séparatiste, le pays semblait enfin prête pour le grand saut, pour des ajustements de son train de vie douloureux et néanmoins plébiscités. Une nouvelle constitution est en place, un représentant de l`Etat élu démocratiquement, des nouveaux marchés colossaux se présentent, un développement économique qui se stabilise, des projets en cours, … instantanément les pépins politiques ne manquent pas, la débrouille a l`africaine est toujours présente, mais le pays marche a quatre pattes.
En respectant la constitution et les vertus de tous les comoriens, la charte de l`honneur et le code de la franchise abdiquent l`esprit ouvert, le régime change sans démagogie, que ca soit a la poutine ou a la chiraquie. Le régime crcien est bel et bien parti, les hommes aussi. Ailleurs, tout le monde applaudit, bravo Azali ! La boucle est bouclée.
Un cycle non-renouvelable
Une nouvelle époque s`annonce farouche, au gré de bien faire que les autres. De manière habile, c`est logique ! Sambi est annoncé le messie comme si Moroni était Falouja ou Peshawar (respectivement ville en guerre d`Irak et d`Afghanistan), il promet tout. Tout le monde attend de lui. Le candidat l’avait promis. Le président l’a-t-il fait ?
De fait, les premiers mois au pouvoir de cet homme monté sur des ressorts ressemblèrent à un véritable feu d’artifice. Sambi semblait alors d’une habileté inouïe. Dès son premier souffle, il convoque avec beaucoup de chahut tout les barons de l`ancien régime, il les insulte, les juge, les emprisonne et même certains sont devenus les serpillères de son mouvement politique. Dont plus tard, ils squatteront le gouvernement central. Il pratiqua «l’ouverture politique» pour associer des personnalités de différents horizons à son action et lui conférer un caractère d’intérêt national. Il brandit la carte de la «pluralité» en s’entourant de femmes et des hommes issus des minorités visibles, pour incarner les Comores de demain.
Politiquement, il paraissait invincible : son adversaire était moribonde, l`opposition déboussolée et la société civile avait perdue toute raison d’être.
Ce sont ses proches collabos qui n’en finit pas de ravager l`Union ! Et pour couronner le tout, un président qui rêve de faire l’Union à sa manière, de la modeler, de la diriger, de tout décider lui-même pour le plus grand bien de ses copains-coquin et la même camaraderie rêve l`au-dela, songe de prendre la place du précédent à la tête de cette union unanimement sacrée pour faire la même politique. Quel gâchis !
Alors, le pays part à vau-l’eau. Elle s’en remettra, bien sûr, mais la crise actuelle dans laquelle elle n’a fait qu’entrer est d’autant plus grave que la prochaine présidentielle n’aura lieu que quelques temps avant l`année 2011. Il faudrait pouvoir tourner la page au plus vite mais, non, il y a presque un laps de temps à attendre alors que le chef de l’Etat dégringole dans les places publiques, perd la main, et qu’un parfum de putréfaction morale sature le pays sur fond de colère sociale grandissante.
Pouvoir solitaire
Quatre ans plus tard, l’artifice a fait long feu. Il ne reste de l’ouverture qu’un ministre de l’Education Nationale, de la Recherche, de la Culture et des Arts, Fouad MOHADJI, qui n’a jamais eu son mot à dire depuis qu`il est empêtré dans le navire, et la figure trouble de Mohamed Larif Oukacha, fraichement nommé Secrétaire Général à la Présidence de l’Union. Leurs missions et compétences sont l’assistance de barrer la route aux moheliens de ne pas briguer la Tournante comme la constitution de 2001 l’a défini ; l’île de Djoumbe Fatma est logiquement celle de laquelle sortira le prochain chef de l’exécutif.
Il ne reste de la «pluralité» que deux poids lourds de la Convention pour le Renouveau des Comores tombés sous les charmes et vite converti dans le Sambiland : OUBEID MZE Cheikh, ministre chargé de l’Economie et du Commerce extérieur, qui peine à justifier ses frais, et Ibrahima MHOUMADI SIDI, ministre de la Défense, de l’Intérieur et de l’Information, un des âmes du programme dit citoyenneté économique dont son « Plan » se révèle déjà un échec complet.
Le dernier remaniement du gouvernement, VU l’accord pour la gestion de la période intérimaire signé à Beït- Salam le 16 juin 2010, la gente féminine ne figure pas sur les derniers plans de Sambi.
Le bilan présidentiel semble ainsi devoir se résumer à l’opération baptisée «Démocratie aux Comores», urgente et nécessaire, selon Sambi mais qui est bien sombrer avec son artisan, Général Salimou, qui a déclaré publiquement qu`il est menacé à mort, après l`action militaire réussie. Jusqu`alors, les révélations sont classées sous silence. On préfère fermer les yeux pour ne pas salir les cousins du maitre. Cette opération abracadabrantesque orchestré sur le dos du débarquement dont le député Mohamed Ali Soilihi alias Mamadou, Ministre des finances au moment des faits, nous en dira plus le jour j. Le 6 juillet dernier, le Colonel Mohamed Bacar est prié de retourner au bercail avec ses acolytes. Bara bara !
De fait, il y a fort à parier que ses vas-et-viens de Fomboni-Moroni-Mutsamudu, et vice versa, ne suffiront pas à restaurer la crédibilité d’un gouvernement carbonisé et l’autorité d’un président dont la cote de popularité est au plancher.
Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, le recalé du Prix de la Fondation Mo Ibrahim (Rappelons que le prix Ibrahim s’élève à 5 millions de dollars (1.750.000.000 francs comoriens). Après Nelson Mandela, lauréat d’honneur, le premier chef d’Etat à avoir goûter les délices de ce prix, en 2007, est Joaquim Chissano, ancien président Mozambicain, suivi en 2008 du botswanais Festus Mogae. Tous les deux ont quitté le pouvoir dans les délais et on fait preuve de bonne gouvernance durant leurs mandats électifs), a joué avec le feu, et il est en train de perdre. Le spectacle qui apparaît au fur et à mesure que se dissipe le nuage de fumée est affligeant : le pays a fait dix pas en arrière, les projets colossaux sont paralysés et l’opposition s’apprête à renaître de ses cendres.
Arrivé aux plus hautes fonctions du pays auréolé de la présidence de la fédération comorienne, l’homme au turban n’a pas répondu à tous les espoirs qu’on avait placés en lui. Sambi qui cisèle ses phrases, maîtrise les concepts que d’autres éludent, n’aimait pas parler stratégie, encore moins transmettre ses convictions personnelles. Beaucoup de ses compagnons étaient frappés par sa soudaine retenue dans ses conclusions et le flou artistique de ses décisions, comme s’il refusait de s’exposer sur un terrain qu’il savait glissant. Il fâchait souvent l’économie et décevait son camp par ses maladresses politiques et diplomatiques, et par ses contradictions devenues suspectes.
Son rêve est devenu réel, puis irréel et ensuite de plus en plus illisible, tout en restant irréaliste.
Trop tard ?
Sa mouvance a paralysé et vidé de sa substance le processus de développement des services publics ; l`Assemblée Nationale demeure l’otage des querelles, Beit-Salam dont il était l’architecte en chef, a perdu au fil des ans de sa puissance, et ses matelots semblaient sans cesse hésiter sur le bon cap. Le capitaine s’est parfois réveillé, surpris qu’on l’accuse d’inaction, de manque de clarté sur les 200 millions de dollars de la citoyenneté économique, 3 milliards de franc comorien de projet Habitat volatilisé, ou la cherté de la vie quotidienne pur produit de la mendicité qu`il a fabriqué et l`achat des consciences. Mais il a rarement réussi à faire mentir ceux qui l’accusaient de ne jamais poursuivre les idées nouvelles qu’il lâchait parfois au détour d’une intervention.
C’est le second paradoxe : l’homme du verbe semblait de plus en plus distant, comme si l’intellectuel avait renoncé à communiquer avec ses concitoyens.
Pour le reste, en attendant d’achever de se déconsidérer aux yeux du monde, le pouvoir qui ne cesse de se falsifier tanguera jusqu’au jour où elle sombrera dans les caniveaux bouchés. Ainsi va le monde. L`homme de la rue aura toujours de quoi s’étonner !
Mouigni Abdou
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