Lutter contre « l?immigration clandestine » à Mayotte
Dans une interview accordée á la CTRV cette semaine, l’Ambassadeur de France a parcouru en long et en large « la politique intérieure comorienne » et considère que ceux et celles qui critiquent l’accord pour la gestion de la période intérimaire du 16 juin 2010 « exagèrent » et que la souveraineté comorienne n’a nullement était bafouée. Concernant la question de Mayotte, il est revenu sur la rhétorique française de la volonté mahoraise de vouloir rester français. Et ironie du sort, il déclare que la France est prête á accompagner les Comores dans la lutte contre « l’immigration clandestine ». En aucun moment, il n’a évoqué l’éventualité de supprimer le « visa Balladur » qui est en fait à l’origine des milliers des morts survenus sans le bras de mer qui sépare Anjouan et Mayotte. En fait, son Excellence a repris la ligne directrice de la politique française dans notre pays. Il a repris presque mot pour mot, la thèse de son prédécesseur qui avait déclaré dans une interview accordée à l’hebdomadaire gouvernemental Al Watwan N° 902 du 14 octobre 2005 que « ce n’est pas avec ou sans le visa Balladur que les choses changeront ».
Et pourtant l’instauration en 1995 du visa Balladur demeure un échec cuisant de la politique française dans cet archipel, un non-sens qui n’a fait que favoriser « l’immigration clandestine ». Les chiffres parlent d’eux même : la population de Mayotte est passée de 130.000 habitants en 1997 à près 180.000 en 2009. Depuis l’instauration de ce visa, la plupart des Comoriens qui arrivent à Mayotte, ne retournent plus dans leur île d’origine comme auparavant.
En fait, le moyen radical pour le gouvernement français de lutter contre « l’immigration clandestine » à Mayotte serait de supprimer purement et simplement ce visa qui divise notamment des familles, des couples, et favoriser la circulation des biens et des personnes et d’engager une politique d’intégration économique de Mayotte dans son environnement naturel immédiat. Mayotte « même ancrée définitivement au sein de la République Française » en devenant « Département » ne pourra se développer sans une réduction de la pauvreté de ses îles s?urs. Avec un niveau de vie élevé, les habitants de ces îles seraient moins tentés par une traversée dangereuse mangeuse de vie. La France y gagnerait et Mayotte également, si l’aide au développement, réduite à la potion congrue ces dernières années, était renforcée pour appuyer le développement des Comores. Les fonds affectés á la construction d’un nouveau centre de rétention administrative et á la lutte contre l’immigration clandestine, seraient mieux utilisés pour appuyer les secteurs sociaux des Comores indépendantes
Le rapport du Sénateur français Henri Torre Torre révèle que l’immigration illégale à Mayotte coûte annuellement 60 millions d’euros : 4 à 5 millions pour la lutte contre l’immigration proprement dite, 2,3 millions pour la Police aux frontières et un million pour la gendarmerie. A tout cela, il faut ajouter les frais d’équipement et les coûts de rapatriement des immigrés?Le reste correspond aux dépenses d’éducation et de soins prodigués aux immigrés illégaux.
La lutte contre l’immigration clandestine devra passer par le développement économique des îles indépendantes de l’archipel, sinon c’est l’île de Mayotte qui, en dépit de la multiplication des mesures de contrôle, d’expulsion, de refoulement, de la multiplication des moyens de la Police de l’Air et des Frontières, de l’instauration des radars, « sombrera dans son lagon » sous le poids de sa démographie galopante.
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