Les Mohéliens de Mayotte réclament l’application des accords de Fomboni

Les Mohéliens de Mayotte réclament l'application des accords de Fomboni

Alors que le Congrès de l’Union des Comores vient de décider de prolonger le mandat du président anjouanais Mohamed Abdallah Ahmed Sambi de 18 mois et que l’île de Mohéli a connu la semaine dernière des violences sans précédent depuis l’indépendance de l’archipel en 1975, les Mohéliens installés à Mayotte sont inquiets pour leurs familles et leurs amis restés là-bas. "On a voulu réagir par rapport aux tortures, aux gens tabassés et dire à tout le monde ce qui se passe là-bas", explique Nazou Tchaké, qui habite à Mayotte depuis 20 ans. Avec tous les habitants de Mayotte originaire de l’île, ils ont créé le "mouvement mohélien de Mayotte" pour exprimer leur soutien à la population qui se bat pour que Mohéli obtienne la présidence tournante de l’Union le 26 mai 2010, comme prévu par les accords de Fomboni signés en 2001. "Aujourd’hui, il y a des tortures et des arrestations abusives vis-à-vis des Mohéliens qui réclament la tournante", affirme Abdou Attoumani dit "Ligue", qui habite à Mayotte depuis un an. "Le président actuel a envoyé 200 gendarmes anjouanais et grand comoriens pour déstabiliser Mohéli. Nous demandons la fin des arrestations abusives et des tortures menées par ces militaires débarqués".
Improvisé porte-parole du mouvement, il ajoute que les Mohéliens sont favorables à une révision constitutionnelle, mais après 2014. Quand on évoque le possible séparatisme mohélien, avec les drapeaux français érigés mercredi dernier qui ont rappelé la crise anjouanaise de 1997, "Ligue" n’est pas d’accord : "C’est à partir du mouvement séparatiste anjouanais que les accords ont été signés, et le colonel Azali n’a pas révisé la Constitution. Dans cette affaire, Mohéli a été le carrefour de la réconciliation nationale à Addis-Adeba, Antananarivo et en Afrique du Sud. Ce sont les Anjouanais qui ont créé ces problèmes constitutionnels alors que la Constitution est de leur fait". "Nous demandons au gouvernement comorien de ne plus intimider les Mohéliens et à la communauté internationale, l’Union africaine et à la France d’être à nos côtés pour le respect de ces accords", déclare solennellement "Ligue". Quand on évoque les magasins d’Anjouanais incendiés à Fomboni, ainsi que la pharmacie du vice-président mise à sac jeudi dernier, il reconnaît "quelques maladresses incontrôlées qu’on ne peut pas arrêter" et réclame que les gens "torturés et tabassés" soient pris en charge pour leurs soins médicaux.

"Paka Modja Nguefo !" ("Jusqu’à ce que l’un de nous meure") : cette expression mohélienne traduit le sentiment qui prévaut aujourd’hui sur l’île de Djoumbé Fatima. Le mouvement de Mayotte tient à remercier l’opposition anjouanaise et grand-comorienne qui a soutenu Mohéli en boycottant le vote du Congrès. "Souvent, on nous dit que nous sommes petits, avec nos 20.000 habitants, et que nous ne sommes pas capables de gouverner. Pourquoi nous intimider ? Mohéli fait partie de l’Union !", s’insurge Hamidouni, un autre membre de ce mouvement. "Cela fait plus de 35 ans que Mohéli s’est laissée diriger par les deux autres, et elle attend son tour".

Source : Flash Info nº2504 du mercredi 10 mars 10

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