le président comorien provoque l’agitation
Menaçant l’opposition et ses alliés, le président comorien Ahmed Abdallah Mohamed Sambi a rappelé l’armée à ses « devoirs » et « responsabilités », mettant en garde les militaires qui voudraient se mêler de politique ou « suivre ceux qui veulent semer la zizanie dans le pays » et ne veulent pas respecter la Constitution. Le président Sambi s’est adressé à l’Armée Nationale de Développement (AND) : « J’ai voulu attirer votre attention sur ce que vous ne devez pas faire, a déclaré M. Sambi. Le rappel est toujours utile. Surtout en une période comme celle-ci où beaucoup sont ceux qui veulent semer la zizanie et la confusion dans notre pays ».
Ces déclarations interviennent alors que beaucoup contestent la prolongation du mandat présidentiel. Au sein de la classe politique, on fait état « d’incompréhensions et contradictions » entre l’armée et l’exécutif, selon l’expression d’un officier supérieur, autour de cette prolongation du mandat présidentiel comme de questions strictement corporatistes, avec notamment une réforme en cours de la structure de commandement.
L’opposition et de nombreux habitants de l’île de Mohéli contestent vivement la prolongation du mandat présidentiel au-delà du 26 mai prochain, fin théorique des quatre ans de mandat de M. Sambi, et réclament le respect de la présidence tournante de l’archipel qui doit, en théorie, revenir à Mohéli. Début mars, un congrès parlementaire boycotté par l’opposition a fixé les élections du président de l’Union et des gouverneurs des trois îles au 27 novembre 2011 et a allongé le mandat présidentiel de quatre à cinq ans, afin d’harmoniser la tenue de ces multiples scrutins. « C’est quelque part désavouer la voix du peuple » que de contester cette décision, a affirmé le ministre des Relations extérieures, Ahmed Ben Said Jaffar. « Les Comoriens ont adopté une loi dont l’élément fondamental est l’harmonisation. On ne voit pas pourquoi cette harmonisation ne sera pas effective », a-t-il ajouté.
Dans un communiqué, l’opposition comorienne, réunie au sein de la Convergence nationale pour mai 2010, a fustigé « la vague de violence gratuite que l’AND (armée comorienne) est en train de faire subir à la population mohélienne » pour s’être opposée au prolongement du mandat de Sambi. Le communiqué signé par son président Said Ali Kémal dénonce aussi « l’état de siège imposé à Mohéli » et « appelle le président Sambi à (le) lever immédiatement ».
Pas de discussions
Pour trouver une issue à la crise, des représentants de l’opposition se sont dits prêts à reprendre le dialogue, fustigeant cependant « l’entêtement » et « l’intransigeance » de la présidence. Mais le gouvernement comorien, lui, a annoncé exclure toute nouvelle discussion avec l’opposition aussi longtemps qu’elle remet en cause le principe de la prolongation du mandat du président Sambi, a déclaré à l’AFP le ministre des Relations extérieures. « Si le quinquennat n’est pas acquis et si le principe de l’harmonisation (des scrutins) n’est pas acquis, on ne voit pas en quoi on peut continuer les discussions », a estimé Jaffar. A l’initiative de l’Union Africaine (UA), un « dialogue institutionnel » avait débuté la semaine dernière entre le président Sambi et les gouverneurs des îles de Grande Comore, Anjouan et Mohéli, sur la prolongation du mandat du président. Elargies à l’opposition et à la communauté internationale, ces discussions ont été interrompues dimanche dernier sans résultat, se soldant par un « échec », selon l’opposition.
Autre point d’achoppement entre le président Sambi et l’opposition concerne la décision d’intégrer des gardes libyens au sein de la garde présidentielle. Décision refusée par l’opposition, qui considère les gardes libyens comme des « mercenaires au service de Sambi ». Approuvé par le ministre Jaffar, il a expliqué qu’« il ne s’agit pas de soldats privés, ce sont des militaires libyens arrivés aux Comores de façon officielle dans le cadre de la coopération, au vu et au su de tout le monde ».
L’arrivée mi-avril au sein de la garde présidentielle de plusieurs dizaines de militaires libyens, officiellement des « instructeurs », a avivé ces tensions avec une partie de l’armée comorienne (AND) qui compte un peu moins de 2 000 hommes. « Notre devoir est de vous aider, le gouvernement n’y manquera pas », a estimé le président comorien, disant « avoir fait de son mieux » pour équiper l’AND. Mais « autant je fournis des efforts pour le bien du pays, autant d’autres veulent démolir chaque bout de mur que nous construisons. C’est donc vous qui devez les en empêcher, car votre métier est d’arrêter ceux qui veulent du mal à ce pays et ne veulent pas respecter la Constitution », a souligné le chef de l’Etat. « Laissez la politique aux hommes politiques, vous qui avez choisi le noble uniforme. Refusez les divisions », a-t-il ajouté, se disant « convaincu que vous assurerez ma sécurité et, à travers moi, la sécurité de l’Etat ».
source:umbeli
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