La Banque commerciale peut-elle se débarrasser de ses vielles chaussettes


Le rouleau compresseur de la Bic n’aura épargné personne, jusqu’à, y compris, ses amis d’hier, ceux dont elle s’attachait constamment les services pour couper court aux rumeurs qui prêtaient à la banque tous les mauvais coups, notamment des intentions malsaines de mettre sur la paille une partie de ses clients. Il suffit de lister les premiers contribuables comoriens d’il y a 20 ans pour constater qu’aucun n’est encore en course aujourd’hui. .La plupart sont en cessation de paiement et survivent de la location de leurs hangars et bâtiments. Aujourd’hui, ils risquent d’être saisis par la banque pour payer les dettes constituées pour l’essentiel (plus de50%) d’agios qui n’arrêtent pas de s’accumuler, même après cessation d’activités? .Si la situation n’était pas si dramatique (elle risque de ruiner de nombreux chefs d’entreprises locaux), on aurait pris un malin plaisir à leur rappeler qu’ils paient aujourd’hui le prix d’une collaboration aveugle et sans nuances avec la Bic.

Mais qui peut aujourd’hui leur en vouloir quand l’institution, qui fut dans un passé récent l’unique banque commerciale de la place, pouvait présenter une situation exceptionnelle de surliquidités structurelles de plus de 80% de l’épargne mobilisée, pénalisant l’économie nationale par ses réticences à financer les projets à long terme, pourtant créateurs d’emplois. Qui peut leur en vouloir lorsque la Bic était aussi assurée de la complicité de l’Etat, qui n’intervenait jamais pour réguler le système, mais se préoccupait seulement de percevoir ses dividendes et recouvrer ses impôts, imposant de surcroit un silence quasi-religieux à la Banque centrale ? Ce qu’on peut, en revanche, reprocher à ces chefs d’entreprises, c’est d’avoir manifesté, avec banderoles à l’appui, pour soutenir la Bic en litige contre un de leurs?.L’image était surréaliste. . La nouvelle affaire de la BIC ne peut se limiter à l’institution. C’est tout le système bancaire qu’il faut repenser. Ces dernières années (depuis 2008), on enregistre une hausse constante de dépôts (20% en 2008, passant de 32 milliards à 38,4 milliards FC en une année), l’épargne des particuliers représentant 74% et celle des entreprises privées 16% du total. Les crédits sont essentiellement accordés sous forme de crédits à court terme pour un total de 11,8 milliards de Fc, soit 47,8% du crédit brut. Les particuliers bénéficient de près de 34% et les entreprises privées de 27% du financement bancaire. La banque centrale ne joue que rarement son rôle de refinancement des banques, ne prêtant qu’à l’Etat à travers des avances statutaires. Les alertes ont été plusieurs fois lancées, sur les choix de crédit de la Bic, qui portaient exclusivement sur le court terme, refusant de prendre des risques. Ceux qui sont poursuivis aujourd’hui étaient jadis les privilégiés de la place, mais également les prisonniers d’un système vicié ; un système capable de sortir du gouffre les assimilés et de faire sombrer dans les abimes insondables les contestataires.

Et pourtant, la Bic, en litige avec un de ses clients, Nicom, a failli tomber elle aussi en faillite, sommée par la justice à débourser 4 milliards de francs comoriens, soit 8 millions d’euros pour dédommager son client lésé par le comportement jugé outrancier de son directeur général. Il a fallu la médiation de l’Etat, l’intervention de l’Opaco, appuyée par les mêmes chefs d’entreprises aujourd’hui en disgrâce, pour que l’affaire se solde par un accord à l’amiable sauvant la banque de la banqueroute. L’institution, forte de sa position de monopole, n’avait pas hésité, en guise de contestation, à geler ses crédits à l’économie, tirant la croissance vers le bas. Aucune institution ne s’est donné la peine
d’évaluer les conséquences de son comportement unilatéral sur l’économie. La Bic a, au contraire, été couverte par un texte taillé sur mesure et élaboré soigneusement par le ministère des Finances, la protégeant de la saisie de ses avoirs financiers, empêchant en fin de compte la justice d’exécuter provisoirement ses décisions pour réparer les dommages qu’a subies Nicom. .La conférence de Doha est une aubaine pour les entreprises locales. Choisir ce moment pour judiciariser ses contentieux, la Bic risque de porter un coup fatal aux entreprises locales, projetant une image négative de l’ensemble des entrepreneurs comoriens, potentiels interlocuteurs et partenaires des investisseurs étrangers. Le ministre de l’Economie, Oubedi Mze chei, a été saisi de l’affaire ; il a promis de faire le nécessaire pour jouer la médiation afin que des solutions à l’amiable soient trouvées, par l’élaboration des plans de redressement au cas par cas. On peut lui faire confiance, parce qu’au sein du conseil d’administration de la banque de développement, il a sorti bien des entreprise du mauvais pas. Il est vrai que les banques ne peuvent pas se laver totalement les mains de la faillite de ses clients et jeter l’opprobre sur la gestion souvent familiale et calamiteuse des entreprises. Elle porte aussi une lourde responsabilité en accordant souvent des crédits abusifs. La justice doit fixer les responsabilités en évaluant l’impact de son inertie sur l’économie comorienne. La banque doit partager les risques et payer sa part de la facture. Dans le long terme c’est tout le système bancaire qui doit être reformé pour répondre aux choix économiques du pays. Les banques ne peuvent non plus se contenter de s’enrichir sur des produits limités, elles doivent diversifier leurs sources de revenus, en apprenant à prendre des risques, en participant à l’effort collectif de redressement de l’économie nationale.

Ahmed Ali Amir
Al Watwan No 1594 du 26 juillet 2010

Lire l’article sur http://comoresdroit.centerblog.net/308-La-Banque-commerciale-peut-elle-se-debarrasser-de-ses-vielles-chaussettes

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