INTERVIEW : LE MAINTIEN DE SAMBI AU POUVOIR APRES LE 26 MAI N’EST PAS TOLERABLE
« Le maintien de Sambi au pouvoir après le 26 mai 2010 n’est pas tolérable »
? Dans une longue interview qu’il a accordée à La Gazette et HZK-Presse, l’avocat Said Larifou, qui défend les intérêts d’une dizaine de familles des victimes du crash de l’A310 de Yemenia, met directement en cause la compagnie yéménite pour refus de communiquer certains documents essentiels à la manifestation de la vérité sur les circonstances de l’accident et les niveaux de responsabilité. Etant aussi le Secrétaire national de la « Convergence Nationale pour mai 2010 » [coalitions des partis d'opposition et des exécutifs de Ngazidja et Mwali], Me Larifou qualifie d’intolérable « le maintien de Sambi au pouvoir au delà du 26 mai 2010 », qu’il assimile à un « coup d’Etat constitutionnel ».
Question : Pouvez vous nous parler des réunions qui ont lieu entre les familles des victimes du crash de l’A310 de Yemenia et les juges français en charge du dossier dont vous avez pris part ?
Me Said Larifou :Il s’agit d’une initiative des juges d’instruction français chargés de l’instruction sur le crash qui ont bien voulu à travers ces réunions d’information livrer aux familles des victimes l’état des procédures techniques confiées à la commission technique dirigée par les autorités comoriennes et les éléments en leur possession dans le cadre de la procédure judiciaire ouverte en France. Ces réunions sont nécessaires et courantes dans ce type de dossier afin de permettre aux familles des victimes de recueillir des vraies réponses aux questions liées à l’accident et à l’évolution des enquêtes techniques et judiciaires et aux responsabilités.
Question : Comment se sont déroulées les deux réunions de Marseille et de Paris ?
Me S.L. : Ces réunions ont été une nouvelle fois l’occasion pour les familles des victimes de faire preuve à la fois de dignité et de fermeté dans leur quête de la vérité. Par les questions posées par elles, les familles tiennent et exigent que la vérité soit dite et que les responsabilités soient clairement établies.
Question : Qu’est-ce qui a été dit ?
Me S.L. : Les juges ainsi que les gendarmes et les enquêteurs chargés de ce dossier ont été interpellés sur des questions liées à la fiabilité de l’avion, au niveau du personnel navigant, sur les raisons qui ont amené les autorités françaises à émettre des réserves sur l’appareil accidenté. Des questions également sur le rôle du tour de contrôle des Comores et sur l’absence le jour de l’accident des moyens de sauvetage nautique adéquats. Les enquêteurs et techniciens ont donné aux familles des précisions sur les moyens utilisés pour la récupération et l’identification des corps. Les familles ont clairement fait savoir leur réticence sur la volonté des autorités judiciaires et politiques à vouloir mener l’enquête en toute objectivité. L’éviction du directeur de l’enquête technique et du juge en charge de ce dossier au tribunal de Moroni en est l’illustration.
Question : Où en est-on de l’évolution de cette affaire ?
Me S.L. : Contrairement à certains de mes confrères constitués par certaines familles, je pense personnellement que les intérêts puissants et en conflits dans ce dossier peuvent compromettre la manifestation des vérités et que la diffusion des éléments partiels me semble de nature à orienter les conclusions définitives, parler avec insistance par le truchement des canaux officieux de l’erreur humaine. Le fait que Yemenia n’a pas encore communiqué aux autorités françaises des éléments décisifs sur l’état de l’avion et le plan de formation de son personnel est inquiétant pour la suite. Nous devons intensifier notre vigilance sachant que les autorités yéménites ne font rien pour faciliter la tâche des enquêteurs. Leur attitude qui consiste à retarder voire à refuser à communiquer les éléments importants pour établir la vérité sur cet accident est intolérable. Malgré les demandes réitérées, elles refusent de communiquer les contrats d’assurance. Sans ces documents il me semble difficile de parler d’indemnisation, cette compagnie ne peut publiquement dire vouloir indemniser les familles et s’opposer à communiquer les contrats de location de l’avion et les contrats d’assurance. Faute de cela, j’entends saisir l’organisation internationale de l’avion civile d’une plainte contre Yemenia en ce sens que cette compagnie avec la complicité des autorités comoriennes entende reprendre ses vols sur Moroni.
Question : Dernièrement, selon des sources auprès de l’opposition comorienne, vous aurez effectué une visite au siège de l’Union africaine où vous rencontrez des responsables du comité paix et sécurité de cette organisation panafricaine. Qu’elle était l’objet de cette visite ?
Me S.L. : Il semblait important à l’opposition nationale, après avoir réussi à mobiliser les Comoriens sur les crises institutionnelles et politiques à venir dans l’hypothèse probable de prolongation du mandat de Sambi par le congres, il était important de mener une campagne d’explication et de sensibilisation auprès des pays de la zone et à l’Union africaine à Addis-Abeba. J’ai pu m’entretenir avec le directeur du département paix et sécurité ou prévention des conflits. Il me semble avoir réussi à donner à ceux qui sont chargés du dossier Comores des éléments à la fois politiques, économiques et juridiques de nature à contribuer à la recherche d’une solution à ce coup d’Etat rampant perpétré par Sambi. J’écris à tous les ambassadeurs africains accrédités à l’union africaine sur les conséquences sur la paix en cas de passage en force par Sambi. Je me suis entretenu avec certains ambassadeurs qui m’ont donné leur accord de principe de participer à une conférence à Addis-Abeba sur le coup d’Etat de Sambi et la recherche d’une solution de sortie de crise. Des partis politiques et la diaspora établie en Afrique et en France seraient disposés à y prendre part. Il est intolérable que celui qui a réussi à mobiliser la communauté internationale pour déloger militairement Mohamed Bacar nous contraint à faire la même demande pour le déloger pour avoir comme Mohamed Bacar refusé de quitter le pouvoir au terme de son mandat le 26 mai2010.
Question : Quelle sera votre réaction dans le cas probable d’une prolongation du mandat du président Sambi par le congrès des élus ?
Me S.L. : La décision du congrès de prolonger le mandat de Sambi ne lie pas les comoriens comme la farce de Mohamed Bacar n’avait aucune valeur et qu’après le refus de la main tendue offerte par la communauté internationale il fut délogé militairement. Nous pensons pouvoir mobiliser la population pour faire prendre conscience à Sambi qu’il est de son intérêt et celui du pays et de la population qui lui a tant donné en amour et en confiance de partir la tête haute et par la grande porte. Il est jeune et ambitieux et de ce fait, il aura la latitude de revenir au pouvoir démocratiquement.
Question : quelle lecture faites des récents événements du Niger ?
Me S.L. : Ce qui s’est passé au Niger est l’exemple immédiat et récent de la réponse légitime que le peuple pourrait donner aux dirigeants tentés de modifier les constitutions pour se maintenir au pouvoir. Nous ne tolèrerons pas le maintien de Sambi au pouvoir au delà du 26 mai 2010. Les réformes en cours statut de l’armée et le démembrement de l’And sont inquiétantes. Cela n’est pas une preuve rassurante d’un président qui entend quitter le pouvoir. Au contraire cela traduit une volonté de verrouiller l’armée après avoir réussi à mettre la cour constitutionnelle dans son sac. Tout cela intervient dans un contexte de répression et de harcèlement exercés sur l’opposition. Incontestablement, l’ensemble de l’archipel se retrouve dans le même contexte de privation des libertés qu’à Anjouan au temps de Bacar. C’est pourquoi une plainte contre Sambi est envisageable.
Propos recueillis par S.A.
sa/hzkpresse/6h00
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