« Grâce » présidentielle des anciens dirigeants anjouanais en exil
Lors de la célébration de la fête nationale le 6 juillet dernier, le président de la république, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi a déclaré avoir pardonné à l’ancien homme fort d’Anjouan, le colonel Mohamed Bacar et ses hommes. Quelques jours après cette déclaration, qui suscite un débat dans les milieux politiques, Mohamed Abdou Madi, ancien premier ministre, ancien bras droit du colonel Bacar [actuellement en exil au Bénin], refuse cette grâce et s’attaque à la gestion du régime Sambi, dans une interview exclusive qu’il a accordée à La Gazette et HZK-Presse, par voie d’Internet, depuis Mayotte où il se trouve, quelques mois après le débarquement d’Anjouan du 25 mars 2008.
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Sambi dit vous avoir gracié. Quelle est votre première réaction par rapport à cette déclaration?
Mohamed Abdou Madi: Dans un Etat de droit qui se respecte, un Président doit être à l’intérieur de son mandat constitutionnel pour prétendre user du droit de grâce, ce qui n’est pas le cas de Sambi déchu depuis le 26 mai 2010. Ensuite, une grâce vient toujours après des condamnations, ce qui n’est pas le cas pour nous. Nous estimons que Sambi n’est toujours pas guéri; il se cantonne sur des attitudes monarchiques en se substituant à la justice pour condamner comme il l’entend et se mettre à gracier quand il veut même en sa qualité d’ex-Président. La grâce présidentielle en question ne peut donc qu’être classée dans le registre des diversions coutumières mensongères et démagogiques bien connues de Sambi. Ladite grâce pose d’ailleurs une interrogation majeure: Comment peut-on parler de grâce pour des personnes qui ne font l’objet d’une quelconque condamnation ?
Faudrait-il rappeler que: 1/certains parmi nous, ex-prisonniers après le ridicule débarquement de la désunion et de la honte du 25 Mars 2008, actuellement en exil, ont fait l’objet d’une ordonnance de Justice de mise en liberté le 14 Juillet 2008 pour insuffisances de charges, lesquelles ordonnances ont heurté une fin de non recevoir de Sambi qui avait ordonné le maintien en détention sous séquestrations physique, morale et psychologique dans une cellule souterraine à Hombo Anjouan. 2/ toutes les autres personnes qui ont été interpellées, emprisonnées voir même déportées à Ngazidja sans la moindre procédure judicaire mais sur ordre de Sambi, ces personnes sont toutes remises en liberté par la Justice pour défaut de chef d’accusation objectif.
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Avez-vous confiance en Sambi ?
M.A.M. : Comment peut-on faire confiance à Sambi ? Il est établi que toutes les démarches de Sambi ont toujours été, ou viciées, ou trompeuses, ou mensongères. Pour celui qui sillonnait toutes les régions des Comores pour éduquer la religion sunnite, comment peut-il venir créer des amalgames au niveau de la religion avec un débat du passage des comoriens du sunnisme au chiisme ? Il s’est engagé pour un projet phare «Habitat social» pour venir détruire le peu qui existait, plus particulièrement à Anjouan avec des démolitions condamnables, le Galawa en est un exemple patent à Ngazidja; il a prétendu avoir reçu une enveloppe de l’Arabie Saoudite pour financer le fameux Projet Habitat et c’était pour venir mettre à la vente aux enchères la Citoyenneté comorienne pour soi-disant le même objectif. N’en parlons pas des poses un peu partout de premières pierres de chantiers fictifs qui n’ont jamais vu le jour. Pour ce qui nous concerne, il a détourné un conflit post électoral en conflit séparatiste pour emballer comoriens et Union Africaine jusqu’à convaincre les frères comoriens à s’ouvrir le feu mortellement en 2008.
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Vous ne craignez pas la justice ?
M.A.M. : Votre question nous rejoint sur l’inquiétude de la tricherie et de l’ambigüité liée au comportement connu de Sambi et son écart d’avec le droit et la justice. Il ne pourrait y avoir à la fois grâce et crainte de la justice. La grâce est faite pour passer l’éponge sur des exécutions de peines en cours. Malheureusement, c’est la Justice de Sambi qui est à craindre et non la Justice en tant que Justice. En 2008, nous avons vécu l’expérience de ce qu’est la Justice de Sambi, une Justice qui ne se réfère qu’à deux Codes, celui de la délation et celui du bon vouloir du Chef. Après le débarquement du 25 Mars 2008, c’est la rue qui faisait la loi, c’est la rue qui était en première ligne pour trancher avant la Justice qui ne faisait qu’entériner. Les interpellations et les placements sous mandat de dépôt ne relevaient que de la rue. Comment Sambi peut-il rejeter des Ordonnances de Justice sans que la Justice ne réagisse et continue à bosser comme si de rien n’était? Les Comoriens ont vécu les cas des ministres de Ngazidja interpellés et séquestrés sans chef d’inculpation puis relâchés sur ordre de Sambi ? Que des impunités à tous les niveaux.
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Vous pensez retournez au pays aussitôt ?
M.A.M. : Retourner dans quel Pays ? Les Comores du mozambicain Madeira ou les Comores des comoriens ? Si c’est retourner dans un Pays sous la tutelle acceptée des Comoriens d’un expatrié spécialiste des humiliations, la sagesse nous dicterait la retenue, si les Comores revenaient aux Comoriens, notre retour ne saurait tarder. L’exil n’a jamais été un choix pour quiconque, ça a toujours été une contrainte. Nous pensons continuellement à notre pays, à nos s½urs et frères comoriens. Nous éprouvons beaucoup de peines sur ce qui arrive au pays; nous ne pouvons en être fiers.
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Vous allez briguer éventuellement un mandat électif ?
M.A.M. : Y aura-t-il réellement élections? On ne peut parler d’élections avant de parler Pays. Le Territoire des Comores est sous occupation et vous le savez: une Citoyenneté bazardée à prix inconnu et à des inconnus, une Armée Nationale supplantée par des mercenaires sous la couverture d’une attribution de Citoyenneté comorienne, du littoral hypothéqué, une Justice humiliée, une Cour Constitutionnelle démissionnée de son rôle de gardien de la Loi pour se voir attribuer des transactions relatives à du consensus, une matière relevant purement de la politique. L’exemple le plus révoltant est celui du fameux Arrêt controversé de la Cour Constitutionnelle du 08 Mai 2010 qui déclare à la fois la fin du mandat de Sambi au 26 Mai 2010 au nom de la Constitution et son maintien au Pouvoir au nom d’un éventuel consensus. Ensuite la Tutelle de Madeira qui sort une Plateforme en opposition de l’Arrêt, en réinvestissant Sambi sans le préalable d’un quelconque consensus dans ses « fonctions régaliennes » avec des pouvoirs absolus allant jusqu’à imposer la discrétion du format et de l’attribution des portefeuilles pour la formation d’un Gouvernement dit de Transition. Pour un Pays de la taille des Comores, la Tutelle de Madeira fait croire que la passation de pouvoir entre le sortant et le nouvel élu doit recueillir l’aval du sortant et ça peut attendre la moitié d’une année. Pour répondre à votre question, briguer un mandat électif oui, si ma candidature relève du choix de mon Parti et de mes sympathisants, si les comoriens le voudront à travers leur suffrage, si le Pays revient aux Comoriens et s’il pourrait y avoir réellement élections sous des normes acceptables, ce qui n’est pas le cas vu l’environnement politique du moment. Encore une fois Sambi et Madeira ont embarqué les gens à une destination inconnue à travers leur fameuse plateforme de transition qui peine d’ailleurs à décoller.
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Quel est votre regard de la situation politique actuelle dans le pays ?
M.A.M : En observant ce qui se passe au Pays, c’est la désolation totale. Nous n’avons plus de Pays, c’est le pays des autres : avec la prise en charge de la sécurité du chef de l’Etat par des expatriés supplantant l’Armée Nationale et avec l’ingérence manifeste de Madeira, nous disons bien de Madeira, les Comores sont sous administration étrangère à l’exemple de l’Irak en plein terrorisme. Avec la plateforme rusée de Madeira pour l’actuelle transition, les Comores se rapprochent du cas de la Côte d’Ivoire avec une éternelle prorogation de mandat de Sambi et la culture d’un pouvoir à vie en perspective. Cette question en elle seule mériterait un débat national, une interview exclusive.
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Vous vous reprochez de quelque chose ?
M.A.M. : Après le débarquement de mars 2008, nous faisons partie de ceux qui se sont rendus aux nouveaux soldats débarquant: les AND et ses alliés du grand Continent, Tanzaniens et Soudanais recrutés par Sambi pour aider à déposer les responsables Anjouanais…; nous nous étions rendus pour nous mettre à la disposition de la Justice car nous ne nous reprochons rien. Il est question d’un conflit post électoral et nous continuons à assumer notre position: le retrait de candidatures ne reporte jamais de scrutins. Tout s’est passé dans la paix contrairement aux cas qui ont suivi du Zimbabwé, du Kenya, du Gabon, du Burundi…où on a vécu des dizaines de morts voir même des milliers sans qu’il y ait reprise des scrutins. Nous tenons à comparaitre face à Sambi et son allié du débarquement Madeira mais devant un tribunal neutre et non pas bien sûr les tribunaux de Sambi qui ne peuvent qu’être Juge et Partie.
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Qu’est ce que vous reprocherez à Sambi ?
M.A.M. : Nous reprochons à Sambi d’être un faussaire, d’avoir abusé les Comoriens avec ses montagnes de mensonges, ses montages, et de son avidité de pouvoir y compris jusqu’à l’échanger contre la vie de ses propres concitoyens. Nous reprochons Sambi de trahison avec la mise en cause de la réconciliation Nationale de 2001 obtenue à l’arrachée, la mise en vente de la Citoyenneté comorienne dans des conditions mesquines jamais vécues sur terre, la remémoration du mercenariat supposé être derrière nous…
La Gazette des Comores / HZK-Presse : Comment vous passez la vie en exil ?
M.A.M. : Nous sommes sereins. L’hospitalité mahoraise ne nous a pas fait défaut. La partie française fait de son mieux. Nous ne doutons pas de notre sécurité. Et notre intégration dans nos lieux d’accueil est au rendez-vous. L’amour pour la chère patrie est continuellement présent. Nous prions pour notre Pays et que nos retrouvailles puissent être pour bientôt. Un coucou à nos très chers compatriotes !
Propos recueillis via internet par A.A Mguéni
HZK-Presse: 12/07/2010
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