Forum économique du Koweit : des questions sans réponse…

Forum économique du Koweit : des questions sans réponse...


Moroni, mardi 12 janvier 2010 (HZK-Presse) – Le président de la république s’est envolé lundi pour le Koweit où il doit conduire une forte délégation au Forum économique sur les Comores. Un événement présenté par les médias officiels comme « exceptionnel » pour le pays, car y prendront part 300 investisseurs potentiels du Golfe, invités par les autorités koweitiennes, à l’initiative du conglomérat de l’homme d’affaires franco-syrien Bashar Kiwan, Comoro Gulf Holding (Cgh).

Prévu depuis plusieurs mois, et reporté en raison du crash de l’A310 de Yemenia en juin dernier au large des Comores, ce forum vise à faire la promotion de l’archipel auprès des milieux d’affaires arabes, pour les intéresser à investir dans de nombreux projets de développement.

A en croire le représentant permanent de CGH à Moroni, Ahmed Jaroudi, la délégation comorienne devrait se rendre à Koweit city, avec 12 projets bancables, dont le financement total recherché atteindrait le chiffre record 100 milliards de francs comoriens. « Il n’y a aucun projet dont le coût de réalisation est inférieur à 1 million d’euros », assurait M. Jaroudi, dans une interview au quotidien de CGH.

Certes pour un petit pays pauvre comme les Comores il ne faut pas négliger le portefeuille des pétromonarchies arabes, ainsi que les retombées financières de ce genre de rendez-vous, mais encore faut-il que les organiseurs du Forum répondent sérieusement aux interrogations soulevées par de nombreux opérateurs économiques nationaux, notamment ceux de l’Organisation du patronat comorien (Opaco) ou de la Fédération comorienne du secteur privé (Fcsp), qui ne doivent pas participer à cette conférence en simples figurants.

Selon le président de l’Union des Chambres de commerce des Comores, Ahmed Ali Bazi, qui fait partie de la délégation, il s’agit « d’une opportunité à saisir », car selon lui « les 12 projets clés en main » seront générateurs de forte croissance économique et d’emploi, dans des secteurs porteurs aussi variés que le tourisme, la pêche, et l’agriculture.

Néanmoins, le gouvernement comorien est tenu d’offrir « un environnement plus sécurisant, propice à l’arrivée de ces investisseurs étrangers, notamment sur le plan de l’énergie, des infrastructures aéroportuaires et de télécommunication, sans négliger le cadre juridique et institutionnel », comme l’expliquait le directeur exécutif de l’Opaco, Ahmed Abdérémane Koudra.

Or dans les organisations professionnelles des critiques s’élèvent de plus en plus, notamment concernant l’absence de transparence et de lisibilité concernant les activités de Comoro Gulf Holding (Cgh), qui semble avoir beaucoup d’influence sur les autorités politiques en place. Cette entreprise appartenant à Bashar Kiwan a réussi en moins de 3 ans à constituer un vaste empire financier et commercial contrôlant un grand hôtel (Itsandra Beach), une banque (Banque fédérale du commerce), un groupe de presse, et bientôt des petits ports pour le transport inter-iles, une société de téléphonie mobile… et une entreprise de travaux publics.

Cette dernière se serait déjà vu attribuer par l’Etat, sans appels d’offres, 175 millions de dollars, prélevés sur les fonds de la vente de la citoyenneté économique (200 millions), soit 87,5%, à travers une convention signée en juin 2009 au palais de Beit-Salam. Il serait reproché aussi à la holding de Bashar Kiwan, d’avoir initié de gros projets d’investissement tels que celui du méga-village touristique « Jannat-El-Kamar » au nord de Ngazidja, ou celui de la Corniche à Moroni, sans justifier d’une surface financière conséquente, si ce n’est la promesse des éventuels bénéfices engrangés par la vente de la nationalité comorienne, à travers la loi dite de « citoyenneté économique » adoptée en novembre 2008, sous la pression de CGH [envoi à Koweit d'une mission parlementaire d'information à ses frais, ndlr].

Aucun des deux chantiers n’a démarré ses travaux, malgré les annonces faites tambour battant par les dirigeants de la société. Certains partis politiques interpellent l’Etat sur le statut même de cet investisseur, qui joue à la fois le rôle d’un intermédiaire commercial, de sponsor du gouvernement et de mécène des milieux culturels et sportifs, tout en étant à la recherche de financiers pour ses propres projets d’investissement en Union des Comores ? Des projets dont il est à la fois initiateur, concepteur, maitre d’½uvre, etc., sans mise en concurrence, selon les règles des marchés publics, ni implication du secteur privé national.

El-Had Said Omar

120110/eso/hzkpresse/15h00

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