Démocratisation en Afrique: Le discours de La Baule : 20 ans après

Démocratisation en Afrique: Le discours de La Baule : 20 ans après

Le nouvel ordre mondial semblait ouvrir une nouvelle perspective dans le processus de démocratisation de la vie politique en Afrique. Lors de son fameux discours de La Baule, François MITTERRAND posait des conditionnalités à l’octroi des aides au développL’effondrement du Mur de Berlin à la fin des années 80 allait modifier les relations internationales qui étaient jusque-là bipolaires. Le monde était divisé entre deux blocs militaro-politiques qui coexistaient par la peur à la tête duquel se trouvaient l’URSS pour les pays communistes et les Etats-Unis d’Amérique pour le monde occidental. La désintégration de l’URSS pendant cette période, a eu comme conséquence le remodelage du nouvel ordre mondial décidé par la seule superpuissance existante : les Etats-Unis et ses puissances satellites occidentales.

Ce nouvel ordre mondial semblait ouvrir une nouvelle perspective dans le processus de démocratisation de la vie politique en Afrique. Lors de son fameux discours de La Baule, François MITTERRAND posait des conditionnalités à l’octroi des aides au développement. La France liait donc ses aides au développement à la démocratisation politique des pays africains, un espace politique qui était jusque là occupé par les partis uniques à l’exception du Sénégal et du Botswana qui n’ont pas rompu avec le multipartisme démocratique hérité de la colonisation.

Le discours de La Baule allait être le catalyseur de l’ouverture démocratique de certains régimes africains à partis uniques alors que d’autres s’accommodaient, jusqu’aujourd’hui, avec hypocrisie aux nouvelles donnes géopolitiques. Des conférences nationales sont tenues dans la quasi-totalité de pays africains permettant ainsi à l’émergence de multipartisme dans la vie politique et à l’affaiblissement des régimes qu’on croyait, jusque-là, inébranlables. Mais ce processus n’a pas fait long feu car le système néocolonialiste demeure toujours coriace et ne permet pas un véritable changement démocratique.

D’autant plus que les autocrates africains avaient de soutiens non négligeables dans les pays occidentaux et qui ont exprimé leur opposition à ce brusque changement qui signerait leur arrêt de mort politique. Il faut noter que certains partis politiques des anciens pays colonisateurs tirent leur épingle de jeu financier dans l’autocratie africaine. L’affaire ELF Gabon et AngolaGate est une illustration de ces liens organiques qui existent entre les régimes corrompus de l’Afrique et /ou des partis politiques des anciens pays colonisateurs. Toutefois, le discours de La Baule a permis la tenue des élections multipartites, ici et là, c’est déjà positif, même si elles ne respectent toujours pas les normes de standard international de scrutin démocratique et transparent.

La démocratie est-elle réellement un luxe pour l’Afrique comme le déclarait le Président français, Jacques CHIRAC ? Le tollé qui a suivi cette déclaration dans le milieu intellectuel africain n’a pas suscité la prise de conscience de l’élite politique pour affermir la culture démocratique en Afrique. Force est de constater que le milieu intellectuel africain qui doit constituer la force de changement n’arrive pas à s’organiser pour mener à bien ce combat de transformation sociale et politique dont le continent aura grandement besoin. Celui-ci vit à l’image des victimes de la violence des araignées que l’historienne Fabienne le HOUEROU décrit dans son livre sur le Darfour.

Ces insectes prédateurs tissent une toile dans l’ombre en paralysant leurs proies dans un premier temps, avant de les faire mourir à petits feux. Et c’est dans ces conditions que l’intellectuel africain doit affronter le système autocratique en Afrique, l’empêchant ainsi par peur de subir les mêmes cruautés que les victimes des araignées, de s’imposer ou d’influencer les décisions susceptibles de modifier le cours de l’histoire. L’aspiration démocratique pour laquelle beaucoup de leaders se sont battus n’a plus de sens car après l’alternance par coups d’Etat et voici qu’arrive le temps de tripatouillage constitutionnel pour vouloir s’éterniser au pouvoir.

Le Kenya, le Togo, le Zimbabwe, le Tchad, Madagascar, le Niger, La Mauritanie, tous les pays de Maghreb et la Côte d’Ivoire inaugurent cette ère dans laquelle les autocrates veulent toujours et encore s’accrocher au pouvoir, malgré leurs défaites électorales ou la fin de leurs mandats non renouvelables. Dans ces pays, l’alternance démocratique est virtuelle ou dynastique. Des élections sont bien sûr, organisées dans ces pays, mais c’est juste pour faire des yeux doux à la communauté internationale et surtout à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International afin de s’assurer de leurs subsides.

Mr CHIRAC a eu raison, la démocratie est encore un luxe pour l’Afrique car elle vit toujours ses scories du passé et n’arrive pas à se débarrasser d’une culture politique qui nuit son développement économique et social. En tout cas, le bilan de ces 20 ans de processus démocratique en Afrique demeure préoccupant. Si l’Afrique intègre le principe du multipartisme qui est encore dans le stade arithmétique dans sa culture politique, il n’empêche que les principes qui fondent la démocratie sont intentionnellement bafoués.
Les libertés individuelles et collectives dénaturées, et une administration publique et une armée instrumentalisées caractérisent toujours les régimes africains. Certes, de pays comme le Bénin, l’île Maurice, le Cap Vert, le Ghana, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et le Botswana sont souvent cités en modèle de bonne gouvernance mais qui demeure toujours précaire, parce qu’ils se trouvent dans un environnement hostile, c’est-à-dire dans un continent où l’écrasante majorité de pays vivent des crises institutionnelles à répétition et sont dirigés par de régimes autoritaires.

Les élites au pouvoir ne cherchent jamais à transformer leurs pays en îlots de prospérité et de paix, elles se contentent d’être de consommatrices de biens hérités de la colonisation en sacrifiant le bonheur collectif sur l’autel de la cupidité et de l’égoïsme. Les puissants confondent le bien public avec leur propre patrimoine, l’Etat avec leur propre personne. Entre leurs mains le pouvoir n’est pas devenu un instrument au service du progrès social. La majorité de dirigeants africains n’ont qu’une seule ambition : jouir de ce dont ils avaient été privés quand ils étaient de simples citoyens. Rares sont les présidents africains et leurs entourages qui ne deviennent milliardaires en pillant les ressources de leurs pays.

Les crises institutionnelles et les conflits territoriaux qui frappent les pays africains ne doivent pas être une fatalité, elles sont l’½uvre de ces autocrates qui se transforment en oppresseurs, en affameurs, en bourreaux de leurs propres peuples. On constate que le discours de La Baule n’a pas donné le résultat escompté parce que les puissances occidentales ont renié leur engagement en s’accommodant de nouveau au système qu’elles ont façonné pour les dirigeants africains au nom du sacro-saint de la croissance économique et de la stabilité politique, au lendemain des indépendances.

Or l’Afrique ne peut pas rester figée dans un système politique qui compromet son existence dans ce contexte de mondialisation. Ce qui se passe ces 20 dernières années en Afrique avec les crises postélectorales et le tripatouillage constitutionnel doivent interpeller en premier chef les consciences des Africains et des grandes puissances pour imposer des réformes politiques permettant à l’instauration des régimes démocratiques dans ce continent terrassé par la corruption, le népotisme et la mauvaise gouvernance.

Les puissances occidentales doivent soutenir avec fermeté le processus de démocratisation politique en Afrique par des actes et cesser de jouer le pompier-pyromane. Elles doivent obliger leurs banques d’interdire les biens mal acquis appartenant à ces autocrates dont les origines sont frauduleuses, donc passibles de sanctions pénales dans les pays occidentaux. Les faits sont douloureux : de 1970 à 2008, 1800 milliards de dollars auraient quitté frauduleusement l’Afrique pour atterrir sur des comptes secrets en Occident.

Telle est en tout cas la conclusion d’une récente étude publiée par le Global Financial Integrity (GFI). Les puissances occidentales doivent aider l’Afrique à rapatrier cet argent pour financer le développement du continent, surtout pendant cette période de vache maigre financière, cela peut, par conséquence, alléger le fardeau des contributions de partenaires au développement en Afrique. Ce geste peut aussi dissuader les autocrates africains dans leur course à l’enrichissement illicite.

Le discours de La Baule constitue un cadre idéal pour déraciner ce système autocratique en Afrique en lui consacrant plus d’instruments juridiques capables de contraindre les élites africaines à se familiariser au principe d’état de droit et de démocratie sans lequel il n’y aura ni paix ni développement économique dans ce continent. Ceci doit commencer par intégrer dans la compétence de la Cour Pénale Internationale les faits et actes qui sont de nature à contrevenir l’état de droit au même titre que le génocide. Il faut que les Kadhafi, les Ben Ali, les Nguessou, les Campaoré, les Moubarak, les Gbagbo, les Paul BIYA, les El-Béchir et autres autocrates africains qui sont des usurpateurs de pouvoir soient mis hors jeu pour rendre l’Afrique vivable et enviable. Ces autocrates sont l’image d’une Afrique, à la fois rétrograde, impuissante, insouciante et corrompue.

Ahamada Issimaila 

Lire l’article sur roinaka.skyrock.com

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