COMORES / MAYOTTE : Portrait d’un mineur isolé. (La déchirure)

COMORES / MAYOTTE : Portrait d'un mineur isolé. (La déchirure)

Nous vous proposons le témoignage très émouvant d’un enfant isolé, publié dans l’hebdomadaire Mayotte HEBDO, n°553 du vendredi 3 février 2012 sous le titre « Portrait d’un mineur isolé ». Cet enfant de père mahorais et de mère grand comorienne est obligé de faire les rues (pour survivre) depuis que sa mère a été expulsée illégalement de Mayotte dans un silence scandaleux des autorités comoriennes signataires de l’accord équilibré de l’Ambassade de France à Moroni. Lisez plutôt : émouvant !
 
" Pourquoi j’irai à l’école ?"
Le nombre d’enfants livrés à eux-mêmes sur cette île augmente chaque année d’une façon exponentielle. Certains en comptent 3.000, d’autres 6.000, voire même 8.000. Une certitude : ces chiffres sont beaucoup trop élevés pour un département français, la nation des droits de l’homme. Qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils dans la rue ? Ali*, un petit garçon de 12 ans habitué à trainer aux alentours des magasins d’alimentation et des restaurants de la capitale se livre 
Il n’est pas plus grand que trois pommes. Son visage, ses pieds et ses mains crasseux portent les stigmates d’un entant abandonné, livré à lui-même. Sa démarche est frêle et ses vêtements sont sales et déchirés à plusieurs endroits. Plus impressionnant, du haut de ses 12 ans, Ali n’est pas du tout le genre de petit garçon à garder sa langue dans la poche, il se livre sur un ton plus qu’exaspéré : " Ça va ! Nous demandons 20 centimes. .. Ça ne coûte rien à celui qui le donne… 20 centime", lâche-t-il le regard hébété.
 " Mon père un mahorais travaille à la mairie" 
Puis il rajoute : "si quelqu’un ne veut pas donner, qu’il ne donne pas. Mais qu’il ne me chasse pas car je ne mendie pas chez lui mais sur la voie publique". Accompagné de Saïd, un outre petit garçon de 2 ans son cadet, tous les jours, les deux compagnons arpentent les rues de Mamoudzou. Un seul objectif les anime selon eux : quémander 20 centimes pour acheter de quoi manger.
 "Je n’ai jamais rien volé à personne. Si  je ramasse un portable par terre, ok, je le prends", jette-t-il un léger sourire aux lèvres. Innocence de l’enfance ou mécanisme de défense ? Cette déclaration en dit long sur la situation dans laquelle est plongé ce petit garçon… 
Puis le masque tombe, Ali se livre pleinement, mais il choisit de le faire le dos tourné. 
Son histoire a un air de déjà vu : " je vis chez ma grande s½ur : Ma mère originaire de la Grande Comore a été embarquée par la police avec ma petite s½ur : Ça s’est passé quand j’étais à l’école". Depuis, le petit garçon a quitté son collège de Kawéni et passe désormais ses journées dans les rues de Mamoudzou. "Pourquoi j’irai à l’école ? Quand je rentre chez ma s½ur, à midi, elle ne cuisine que du ubu (riz noyé dans de l’eau) et le soir, c’est toujours du riz et des mabawas". La demi-s½ur  d’Ali tient une petite épicerie dans le village de Kawéni et élève seule deux enfants en bas âge en plus du petit garçon. Sans surveillance, le petit garçon  part donc se débrouiller seul. "Avec l’argent que me donnent les gens, je peux m’acheter des sandwichs ou des beignets et du sirops… C’est toujours mieux que ce que j’ai à la maison. C’est aussi grâce à cet argent que je peux m’acheter des vêtements aux fripes, au marché de Mamoudzou. Ce n’est pas cher. Avec 2, 3 euros les marchands me vendent des tee-shirts ou des caleçons".  
L’ultime alternative qui reste à ce petit pour quitter la rue demeure son père, un Mahorais : "Il travaille comme éboueur à la mairie. Sa femme mahoraise vit à Majicavo. Quand il me voit, il ne fait que crier alors je m’enfuis… Parfois je me rends chez ma grand- mère, elle me donne de quoi manger, mais elle veut que je reste à son école coranique. . . Moi je préfère la rue". 
Insouciance de la jeunesse, manque d’encadrement, besoin de vivre à la hauteur des autres enfants, Ali choisit donc la rue avec ses aléas. "Certains se fâchent quand on insiste pour avoir de l’argent, mais d’autres comprennent. Les M’zungus nous donnent à manger et les Mahorais nous donne 1 euro en général".
Sortir de la rue… le petit garçon l’espère parfois. "A ce qu’il parait, ma mère aurait téléphoné à une copine. Elle lui a demandé de venir me chercher et me déposer à la gendarmerie pour que celle-ci m’envoie la rejoindre aux Comores, mais j’attends toujours la copine…"Quand au retour potentiel de la mère, l’enfant y croit forcement : “ça va faire deux ans depuis qu’elle est partie. Je suis sûr qu’elle va revenir et cette fois je resterai toujours auprès d’elle. Et jamais plus elle ne sera renvoyée par la police, car cette fois elle ne quittera plus la maison", défie le petit bonhomme. 
 

Denise Harouna
Source: Mayotte HEBDO n°553 du vendredi 3 février 2012


Lire l’article sur sosdemocratiecomores.skyrock.com

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