COMORES : LIMOGEAGE OU IMPUNITE DES DIRECTEURS GENERAUX ?

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Le Dernier à être limogé des Directeurs Généraux des Entreprises et Etablissements Publics fût celui de l’Autorité Nationale de Régulation des TIC, Ibrahim MZE MOHAMED. Bien avant lui, celui de Comores Télécom, Charikane BOUCHRANE, celui de la Société Comorienne des Hydrocarbures, Ahmed ABDALLAH, celui de la MAMWE, MLANAO Henri, celui des Douanes,Ibrahim MOHAMED Soulé. D’autres seraient dans le collimateur : Hadji Mohamed Ali de l’Aéroport International de Hahaya , Badawi de la PNAC et Bourhane de ComAir….
Pourquoi ces limogeages en cascade ? Le motif politique pèserait-il lourd ?
Au premier abord non si on s’en tient à la tradition politique Comorienne : l’Exécutif limoge rarement ceux de son camp. Or paradoxalement, tous ces Directeurs ont été nommés sous le régime du Baobab, souvent au mépris des différentes réglementations en vigueur, en raison du soutien manifeste des barons du pouvoir Sambi ou étant eux-mêmes « les artisans de la victoire ». Souvenez-vous, ils s’en réclamaient pour se maintenir sous Ikililou. Et ça leur valait un quitus ! Mais pour combien de temps ?
A observer la situation politique de prés, leurs limogeages ont une justification politique: regagner du crédit et de la confiance, de la popularité et du souffle.
La stratégie choisie ciblait un double public: d’une part les partis et les personnalités du nouveau pouvoir et d’autre part la population avec toujours son lot de notables et de femmes qui, bientôt, se disputeront le leadership pour l’électorat local.
Et par malheur, ces quinquagénaires soupçonnés de corruptions généralisées faites de détournements de fonds, de conflits d’intérêts sapaient l’image d’un pouvoir qui se veut intègre. Les maintenir à leurs postes dans les Etablissements et Entreprises Publiques rendaient imperceptibles, taciturnes, insensibles, incohérents les grands discours sur la lutte contre la corruption érigée en cause nationale.
Pour illustrer nos propos, citons pèle mêle les affaires qui ont émaillé l’exercice de leurs différents mandats. L’affaire simlex –compteurs, voitures- pour la Mamwé ; les grands investissements de Comores Télécom sans aucun appel d’offre- 5 milliards à Huwaweï- et cette affaire rocambolesque de vol de 35 millions : allocation illégale de millions de numéros du 00269, fameuse affaire de Vocalpad, location de la voiture personnelle à 8 millions par le DG de l’ANRTIC ; des millions de franc volatilisés de la RAU et contrats douteux à la SCH…
Force est de constater que les raisons profondes de leurs limogeages ne sont ni soumises à leur Conseil d’Administration là où il existe, ni à la justice. Pourtant ils sont auteurs présumés de fautes graves et de délits pénaux.Â
Faut- il rappeler que le courage ne consiste pas à mettre à la porte le malfaiteur d’un Etablissement Public et le dispenser de toute procédure d’enquête, d’audit ou de poursuites judiciaires. Sinon nos politiques dépénaliseraient de fait la corruption !
Quand est-ce que le Président et son Gouvernement ainsi que l’ensemble de la classe politique, toute tendance confondue, en finiront avec l’impunité ? Impunité ne rime pas avec limogeage et n’est guère son synonyme. Elle est une dispense de poursuites judiciaires, une non mise en ½uvre de la responsabilité pénale des personnes morales.Â
Ce « traitement modéré réservé à la délinquance en col blanc » n’est pas de nature à moraliser la vie économique et politique de notre pays. Va t-on vers une justice de classe après que des générations entières dites de révolutionnaires se fondent dans la corruption au nom de la fin de la lutte de classes ? Allons nous marcher sur les valeurs fondatrices de notre religion qui expliquent la crise morale actuelle ? Notre prophète a dit « nul ne commet la fornication tout en étant croyant ; nul ne consomme du vin tout en étant croyant ; nul ne commet un vol ou pique un objet qui lui attire le regard tout en étant croyant ».
En définitive si le limogeage de ces DG a un motif seulement politique, nous courons le risque de l’impunité, de l’échec et de la perte en vitesse de la lutte contre la corruption, un lit de notre sous développement et de la pauvreté. Chemin faisant, la classe politique amplifiera la décadence morale de notre société musulmane. Si chacun de nous protège ses amis et ses proches des tribunaux sur terre, c’est qu’il n’a pas une foi affermie en la justice d’Allah, ni une crainte du jour du jugement dernier. Méditons sur ce hadith Qudsi où Allah le pardonneur des pêchés, l’accueillant au repentir, le dur en punition, le détenteur des faveurs dit: « O Mes Serviteurs ! Je Me suis interdit toute injustice et Je l’ai interdite entre vous, ne soyez donc pas injustes les uns envers les autres ».
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Par Hassane Djaffar
Publié par http://wongo.skyrock.com/
le 6 décembre 2011
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