Comores / La REUNION : Pour une diplomatie des peuples
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Depuis l’accession à l’indépendance de la plus grande partie de ses possessions outre-mer, la France a montré avec constance quelle était l’orientation fondamentale de sa diplomatie au Sud : défendre ses intérêts d’ancienne puissance coloniale, en remplaçant, lorsqu’il le faut, la négociation par l’intrigue… Quitte à substituer à l’intrigue l’intervention militaire, lorsqu’elle estime ses entreprises et/ou ses alliés locaux pas trop menacés. L’histoire de notre ère, rythmée par les coups d’État à répétition de mercenaires appointés par Paris aux Comores et aux Seychelles et par les basses ½uvres de chancelleries à Madagascar, donne l’exemple de l’ingérence répétée de la France dans les affaires intérieures de pays qu’elle n’a jamais véritablement considérés comme indépendants. Ailleurs, en Côte-d’Ivoire, et même en Libye, soit en-dehors du pré carré traditionnel de la volonté de puissance élyséenne, les armes ont pris le relai du lobbying, sous des mandats onusiens de complaisance. Objectif : stabiliser les intérêts des grandes entreprises françaises, telles que Bolloré ou Total, qui opèrent presque en situation de monopole sur le territoire des anciennes colonies, et s’y comportent même — c’est le cas de la seconde au Congo — en véritables détenteurs du pouvoir politique.
Face à cette relative persistance des mécanismes politiques et économiques de la colonisation, quelle peut, et quelle doit être l’attitude des Réunionnais ? Sachons voir les choses en face : un bref regard à notre histoire passée de « colonie colonisatrice » montre que nous avons eu, nous aussi, notre content de partisans et d’artisans d’une attitude conquérante envers nos voisins. Chacun sait le rôle tenu par notre classe économique au XIXème siècle, dans le drame de la conquête de la Grande ÃŽle et de sa sanglante « pacification » par l’armée coloniale française. François de Mahy, député de La Réunion, ministre de la Marine et porte-parole de la bourgeoisie réunionnaise dans les ministères et au Parlement, en fut l’agent central et, à bien des égards, l’instigateur. À cette politique de conquête, nos conservateurs ont substitué une diplomatie de propriétaires, dont les acteurs mêlent agrément et intérêts personnels, et partent se faire voir, « bat’ karé » ou faire avancer leurs affaires personnelles en Australie ou à l’ÃŽle Maurice. Pareilles équipées de pieds-nickelés ne sont ni payantes ni dignes. Dans le grand désorientement d’une mondialisation sans pilote, face à la muraille que les questions climatiques, démographiques, énergétiques et alimentaires dressent devant l’avenir, une stratégie de co-développement égalitaire et concertée constitue la seule issue collective. L’urgence est à la construction d’une diplomatie des peuples, capable de peser sur les institutions ou de les contourner. La rencontre de Paul Vergès avec les Comoriens est un nouveau pas dans cette direction.
Source : temoignages.re
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