Comores – «La politique française aux Comores n’agrandit pas la France»

Comores – «La politique française aux Comores n'agrandit pas la France»

 Quel bilan faites-vous depuis que vous êtes à la tête de la diplomatie comorienne ?
Très sincèrement, il est difficile de parler de soi. Je laisserai à mes amis, et à mes ennemis, le soin de s’occuper du bilan.
 
Et actuellement quels sont les grands points qui intéressent la diplomatie comorienne ?
D’abord, la question de Mayotte qui nous préoccupe avec la départementalisation. C’est le sujet le plus important. Il y aussi la communauté estudiantine dans le monde arabe que l’on doit accompagner, faire en sorte que les étudiants comoriens puissent se sortir au mieux de ces mutations dans les pays arabes, tout en sachant que nous sommes limités financièrement. On n’a pas les moyens de les assister directement mais on reste très attentifs pour les accompagner. Nous continuons également notre politique d’ouverture vers le monde, notamment en Asie et en Amérique Latine. Nous espérons renforcer et consolider nos relations avec les partenaires que nous avons déjà. Bien entendu, toutes ces instructions viennent du président Sambi.
 
Vous avez évoqué la question de Mayotte. Où en est-on avec ce contentieux ?
Nous nous débattons pour une inscription de cette question aux Nations Unies. Nous avons saisi le comité des sept afin de le réactiver. On se réjouit de la décision de l’Union Africaine qui a appelé Ban Ki-Moon à se ressaisir du dossier pour tenter de rapprocher les positions. Nous sommes convaincus que l’intérêt de la France est dans le dialogue et une discussion franche pour que la question de Mayotte ne démembre pas les Comores et ne déstabilise pas toute la région. Le milliard d’euros investi à Mayotte risque de déstabiliser toute la région et je ne suis pas certain que le gouvernement français a raison d’évoluer dans ce sens.
Nous aimons tous la France en tant que pays ami, nous sommes aussi francophiles, mais c’est à nous aussi de rappeler une certaine vérité à nos amis, notamment à la France, que cette voie n’est pas nécessairement la meilleure pour que la France continue à rayonner dans notre sous-région et dans le reste du monde. On a besoin d’une France capable de véhiculer des valeurs et de mettre en ½uvre ces valeurs pour que nous, autres pays, puissions nous en inspirer. Or manifestement, cette politique française aux Comores n’est pas de nature à grandir la France. Je pense que les gouvernants font fausse route et, c’est un accident, mais il appartient aux deux parties de s’asseoir et de discuter franchement de cette question douloureuse. Vous connaissez les conséquences que cela entraine avec 7 000 morts, on ne peut humainement se taire. C’est notre conscience qui nous oblige à agir.
 
Qu’est-ce qui bloque pour que la question de Mayotte soit à nouveau inscrite à l’ordre du jour des Nations Unies ?
La France est une grande puissance et pour paarvenir à obtenir un mea culpa, on n’a pas suffisamment fait ce qu’on aurait dû faire depuis 30 ans. L’avènement de Sambi a permis de susciter l’espoir. Nous sommes en train de tout faire pour que cette question soit réinscrite à l’ordre du jour aux Nations Unies, pour trouver un modus vivendi, tout en espérant que la France observera les décisions des Nations Unies.
 
Comment sont les relations franco-comoriennes en ce moment ?
A ma connaissance, elles sont bonnes. Bien entendu dans un couple, il y a des hauts et des bas, des vérités qui fâchent. Mais c’est de notre devoir de défendre l’intérêt des Comores. Il faut que nos amis français sachent qu’en défendant les Comores, on n’est pas anti-français. Nous ne faisons que remplir les obligations que les comoriens nous ont confiées.
 
Vous estimez que dans un couple, il y a des hauts et des bas, on dirait qu’on est au niveau le plus bas…
Non pas du tout, je ne crois pas. Nous avons d’excellentes relations. Il y a des humeurs peut être. Si vous pensez que c’est la période basse parce qu’il y a une résolution de l’UA ou que nous défendons certaines choses, je ne suis pas sûr. Chacun est dans le rôle qui est le sien et défend ses positions.
 
Et par rapport à la tension qui règne actuellement dans le monde arabe, quelle est la réaction du gouvernement comorien ?
On ne peut pas s’immiscer dans les affaires intérieures de ces Etats. Je voudrais aussi rappeler que les Comores n’ont pas de relations avec des régimes politiques. Nous avons des relations avec des Etats. Et il appartient à chaque peuple de choisir ses gouvernants. Ce n’est pas à nous de nous substituer au peuple égyptien ou tunisien pour décider de qui doit diriger ces pays. On n’en a pas les moyens et même si on les avait, il n’est pas de notre ressort de faire cette appréciation. Nous traitons avec n’importe quel gouvernement pourvu qu’il soit légitime.
 
Lors d’une entrevue avec nos confrères d’ORTC vous avez évoqué une décision qui exige que les voyageurs entre les îles présentent des pièces d’identité, y compris Mayotte…
Vous comprenez qu’après ce que j’ai dit, je ne peux pas parler des îles sans parler de Mayotte. Cela va de soi que Mayotte fait partie des Comores. Je ne peux pas dire ce que je viens de dire et exclure Mayotte des décisions qui seront prises par l’Union des Comores. Nous avons demandé ces cartes mais pour des raisons de sécurité. Il faut que demain en cas d’avarie, de naufrage, on sache exactement, qui était à bord de quel avion ou de quel bateau. Ne voyez pas autre chose. C’est uniquement pour des raisons de sécurité.
 
Comment allez -vous faire respecter cette décision dans l’administration aéroportuaire mahoraise ?
En tout cas, on ne va pas accepter des passagers non identifiés. L’identité doit être certaine. On l’exigera pour tous les passagers venant de toutes les îles. Il est fondamental de savoir qui est qui.
 
Pour finir, pouvez-vous nous expliquer les raisons qui motivent la décision de faire payer à certains Etats l’accès au salon VIP de l’aéroport international…
Le président comorien est rentré, il y a deux mois de Paris en passant par Amsterdam. Le salon était ouvert au chef de l’Etat et il a payé 800 euros pour une demi-heure de transit au salon. Donc, il nous paraît tout à fait naturel que si une autorité de ce pays passe par Moroni, on lui fasse payer ce service. La réciprocité est la base même de la relation diplomatique. Je ne comprends pas cette protestation que certains tentent de porter sur la place publique. On ne vise personne. On dit seulement que dans tous les pays où nous, membres de gouvernement, on nous demande de payer, qu’on fasse payer. C’est la réciprocité. Il faut que les gens comprennent que les Comores sont un pays pauvre, un petit pays mais qui défend sa dignité. On ne va pas nous reprocher de faire payer des pays riches qui nous font payer. Les pays riches font payer pour faire fonctionner leur salon VIP, nous aussi avons, a fortiori, le même besoin. Le Mirex s’engage à payer pour les diplomates des pays qui nous ouvrent leurs salons VIP.
Ce n’est pas du tout politique. Cela n’a rien à voir avec la politique.
 
Propos recueillis par A.A.Mgueni 
 
(Source : Malango Actualité)
http://www.malango-actualite.fr/article/comores__8211__la_politique_francaise_aux_comores_n_8217_agrandit_pas_la_france_-7265.htm

Lire l’article sur roinaka.skyrock.com

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