Chabane Mohamed : « Nous avons un gouvernement qui n’est pas sérieux… »
Les agents de l’Etat réclament à tour de bras une revalorisation de la grille indiciaire. Le gouvernement cède à contrec½ur à ces revendications tout en montrant son incapacité de suivre le rythme. Mais loin de parler d’une seule voie, les fonctionnaires agissent séparément. D’où notre étonnement et Chabane Mohamed, secrétaire national à l’organisation de la CTC a accepté de répondre à nos questions.
Question : Comment expliquez-vous que les catégories des fonctionnaires réclament séparément l’application du décret présidentiel portant valorisation de la grille indiciaire ?
Chabane Mohamed : Permettez-moi tout d’abord de présenter, au nom d’Ibouroi Ali Tabibou, Secrétaire Général de la CTC, nos v½ux les meilleurs aux travailleuses et travailleurs des Comores. Je voudrais ensuite dire que le Statut Général des Fonctionnaires a prévu la création des statuts particuliers pour chaque corps de fonctionnaires, ce qui est fait depuis 2006. Il ne faut pas confondre cela avec la réclamation à laquelle vous faites allusion. Venons en maintenant à la question : le chef de l’Etat a signé ce décret avec cette disposition malheureuse et dangereuse de l’appliquer partiellement. C’est donc normal que les autres fonctionnaires accusent le gouvernement de partialité et c’est pourquoi le secteur éducatif n’a pas croisé les bras, après la bataille engagée par le secteur santé, luttes légitimes que nous avons soutenues, soutenons et continuerons à soutenir. Aussi, nous appelons les autres fonctionnaires à se mobiliser car c’est leur droit. Si nous en sommes à cette situation que vous décrivez, c’est parce que le décret du chef de l’Etat est entaché d’irrégularité, susceptible d’être corrigée et ce pour éviter de créer un sentiment d’injustice et de partialité, dans une même fonction publique.
Question : Quelle est la position de la CTC par rapport au bras de fer qui oppose les syndicats de l’Education et le gouvernement ?
C.M. : La question se pose-t-elle ? Nous sommes la Confédérations des travailleurs, nous ne sommes pas le gouvernement. La défense des intérêts des travailleuses et travailleurs est notre raison d’être. Alors oui nous soutenons à 200% les syndicats de l’éducation et demandons aux autres fonctionnaires d’engager la bataille avec nous car c’est leur droit et les moyens existent pour appliquer le décret à tout le monde.
Question : Pourtant l’Etat craint une hausse vertigineuse de la masse salariale, avec des maigres ressources ?
C.M. : Excusez-moi d’être aussi direct mais nous avons un gouvernement qui n’est pas sérieux. Le Ministre de l’éducation par intérim accuse les syndicats de l’éducation d’être en grève alors que le salaire du mois d’octobre n’est pas encore versé pour constater les effets. Quel mépris et quelle méconnaissance des lois quand on sait que nous sommes le 11 janvier 2011 et que les salaires des mois d’octobre, novembre et décembre 2010 sont toujours en souffrance, et là je ne cite que ces 3 mois. D’ailleurs nous pensons que le FMI est complice, lui qui note des performances alors que la situation est chaotique : une masse salariale non maîtrisée à cause des recrutements politiques et électoralistes, contraires à la loi. Des recettes en baisse et en évasion, parce que les mesures pour les augmenter et pour arrêter l’hémorragie des évasions, sont restées des déclarations d’intention, l’impunité et même les connivences politiques avec ceux qui ont volé l’argent de l’Etat. On a dégagé des pistes dans nos discussions avec les deux précédents Ministres des Finances et aussi avec l’actuel. Mais pour eux, ça s’arrête là . Tout le monde sait dans quelles conditions les processus de privatisation des sociétés d’Etat sont engagées et connaît les dégâts des reformes parachutées. Comment on peut augmenter les recettes, accroître le budget, lutter contre la pauvreté sans la création d’emplois susceptibles de relancer la croissance ? Où-en est-on avec les ports secondaires, le projet de la Corniche, Djannat Al Camar et autres ?
Question : Quelles sont les perspectives et les attentes de la CTC pour 2011 ?
C.M. : Au niveau de la CTC nous allons continuer à consolider l’action syndicale unitaire, dans la perspective de préparation de notre 3ème Congrès. Nous allons poursuivre la politique de formation de nos cadres et militants, avec l’appui de nos partenaires. Nous mettrons un accent particulier sur l’organisation du travail collectif dans nos syndicats et le règlement définitif du problème de la cotisation, qui frêne énormément le fonctionnement régulier de nos organisations. Nous allons travailler avec le BIT à renforcer notre politique de syndicalisation en général et des femmes travailleuses en particulier et à organiser les travailleurs du secteur informel. Nous nous apprêtons à faire notre demande d’adhésion à la CISA (Confédération Syndicale des Syndicats Arabes) et comptons sensibiliser le gouvernement sur la nécessité et l’urgence pour les Comores d’adhérer à l’OAT (Organisation Arabe du Travail).
Au sujet de nos attentes, elles sont nombreuses et parmi elles il y a le règlement définitif du problème de la régularité des salaires des fonctionnaires, le paiement des arriérés depuis 1994, la signature du décret d’application des nouvelles grilles à tous les fonctionnaires, la réouverture des lignes de crédit BDC pour les fonctionnaires, l’instauration d’un salaire minimum, une politique des prix adaptée au coup de la vie, la promotion de l’Emploi à travers le formation professionnelle, l’extension de la protection sociale à tous les travailleurs, la promotion et la consolidation du dialogue social, lesquelles dépendent de la mise en ½uvre effective du PPTD.
Propos recueillis par A.A.Mguéni
Lire l’article sur ianjouanpresid.skyrock.com





